Day se disperse

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mercredi 14 juillet 2010

Epilogue

La suite, c'est de l'Histoire. Celle que l'on enseigne aux enfants d'Olympia, de Kamra-Hata et d'Eskéron, garçons et filles. Les Armes Sacrées retrouvèrent leur place dans les temples et chaque année, à la même date, des pèlerins affluent de tous les royaumes pour commémorer la cérémonie. Hans et Kéréïs régnèrent de longues années. Ils eurent trois enfants: deux garçon, Oméga et Nériin, et une fille, Celta. Oméga, l'ainé, épousa l'une des filles d'Aarkis et de Zhira, Nériin, une princesse de Kamra-Hata, et Celta, un jeune guerrier d'Eskéron. Réhno finit par épouser une jeune Olympienne qui lui donna un fils et une fille qu'il appela, tout naturellement, Hans et Kéréïs.

   Grâce à la reine Kéréïs, les trois royaumes conservèrent leur souveraineté, mais jamais plus ils ne s'affrontèrent autrement qu'à travers des jeux qui avaient lieu chaque année, après la date anniversaire de la cérémonie. Le Devin Kaerion, qui présida les premiers jeux, mourut dix ans plus tard, après avoir transmis tout son savoir à son fils, Hakim.

   Lorsque le jeune Oméga fut en âge de monter sur le trône, ses parents lui cédèrent la place de bon coeur. Il prit son frère pour Conseiller et le fils de Réhno pour Régisseur du Palais. Après le couronnement de leur fils, plus personne à Olympia ne revit, ni n'entendit parler de Hans et Kéréïs. Une vieille légende raconte qu'ils ont rejoint les Dieux d'Olympia et que, depuis les hauts sommets du Territoire Interdit, ils veillent discrètement aux destinées du royaume, sans jamais s'éloigner l'un de l'autre

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dimanche 11 juillet 2010

8c

   Kéréïs arriva au vieux temple en début d'après-midi. L'endroit était désert. Elle décida de pousser jusqu'à l'oasis. Des ossements humains à moitié enfouis dans le sable lui rappelèrent tous ces petits détails qui la rapprochaient de Hans et que Réhno ignorait. Le Conseiller n'aurait sûrement pas apprécié d'apprendre qu'elle aussi avait tué. Comme Hans.

Le Roi était bien là, assis à l'ombre d'un palmier. Il la regarda venir à lui, sans un mot. Il ne fit montre d'aucune surprise, ni d'aucun plaisir, de la voir. Comme s'il l'attendait déjà depuis tellement longtemps qu'il n'y croyait plus ou ne voyait plus l'intérêt de ces "retrouvailles". Elle s'assit à côté de lui, ôta sa couronne et la lui remit.

   - Je suis désolée, dit-elle. Sincèrement désolée... Je... voulais que... tu sois fier de moi... je voulais me montrer à la hauteur du meilleur Conseiller qu'Olympia ait jamais eu... et je suis allée trop loin... Si tu le veux bien, tu rentres avec moi et après la cérémonie, je m'en irai...

   - C'est ce que tu veux? Qu'on se...sépare?

   - Non...Mais si c'est le seul moyen pour qu'Olympia retrouve un Roi digne de ce nom...

Kéréïs faisait des efforts considérables pour se maîtriser. Elle était prête à faire tout ce qui était en son pouvoir pour convaincre Hans de revenir. Mais il lui semblait inconcevable de se jeter à ses pieds pour l'implorer de venir à la cérémonie. De plus, si elle le faisait, Hans la mépriserait et refuserait une fois pour toutes de continuer à régner.

   - Très bien..., dit-il au bout d'un moment.

   - Très bien? Comment ça, très bien?

   - Puisque c'est la meilleure solution pour tout le monde, j'irai à la cérémonie...

   - Merci!, s'écria-t-elle, ravie. Merci! Merci! Merci!

Mais son enthousiasme devait rapidement disparaitre.

   - Après ça, poursuivit Hans, tu pourras quitter la ville, avec Réhno, je suppose... Quant à moi, je ferai en sorte de réaliser un de tes souhaits: afin qu'il n'y ait plus de guerres et que les liens entre les royaumes soient plus forts, j'épouserai Sonia...

   - Tu ne feras pas ça!

   - Et pourquoi pas?

   - Elle sera morte avant!

   - Par les Douze Dieux! Morte de quoi?

Kéréïs empoigna sa dague et la brandit sous le nez de Hans qui feignit de l'ignorer.

   - De ça!, répondit-elle aussitôt.

D'un geste vif, Hans saisit le poignet de Kéréïs et l'obligea à lâcher son arme. Elle essaya de se relever mais il la maintint fermement, sans avoir l'air de forcer. Il la regardait droit dans les yeux. Un regard plein de haine qui fit subitement comprendre à Kéréïs qu'elle pouvait mourir d'un instant à l'autre, comme ces pauvres gens, à Olympia. Une vague de terreur la submergea tandis qu'elle fournissait un dernier effort, désespéré, pour se libérer de l'étreinte de Hans. Sans succès. Au contraire, celui-ci la déséquilibra et elle vint tomber à ses pieds. Il prit la dague et en appuya la pointe sur le cou de Kéréïs.

   - Si tu essayes de quitter Olympia, c'est moi qui te tue!, siffla-t-il entre ses dents. C'est clair?

Kéréïs le regarda, abasourdie.

   - C'est la première fois que tu me menaces vraiment...

   - Tu crois ça?, rétorqua-t-il. J'ai posé mon poignard sur ta gorge des dizaines de fois, alors que tu dormais! Avant que tu ne partes avec Aarkis et plus souvent encore après que tu sois revenue! Tu n'aurais même pas su qui était ton assassin! Chaque fois, pourtant, je suis reparti sans te toucher et aussi discrètement que j'étais venu!

   - Les gardes t'auraient dénoncé!, s'écria-t-elle tout en frémissant.

   - Les gardes? Les gardes n'obéissaient qu'à moi... et c'était moi qui les postais!

   - Si tu me hais à ce point, pourquoi tiens-tu tant à ce que je reste?, s'exclama-t-elle.

   - Justement! Le problème est là!, dit-il en plantant la dague dans le sable. Je t'en veux parce-que... parce-que je ne te hais pas! Pas suffisamment pour vouloir que tu partes... ni pour te tuer!   

   - Ca me parait quelque peu compliqué, tout ça!

   - Je sais! C'est confus pour toi, autant que ça l'a toujours été pour moi! Mais c'est ainsi! Mets un pied hors de la ville et je te tranche la gorge!

   - Mais je ne veux pas partir! Je n'en ai pas envie!

   - Le pouvoir commence à te plaire, hein?

   - Je m'en fiche du pouvoir! Je veux rester avec toi!

La surprise se lut instantanément sur ses traits et ceux de Hans.

   - Tu peux répéter?

   - Je veux rester avec toi!...c'est assez clair, non?

   - Mais pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt?

   - Je viens juste de m'en apercevoir! Je n'en savais rien!

Hans parut réfléchir un instant, les sourcils froncés et les lèvres pincées.

   - Moi aussi!, dit-il soudain.

   - Quoi?

   - Moi aussi! Je veux rester avec toi!... Mais je t'en veux toujours pour ça!

   - Tant que tu me laisses en vie, je ne vois aucun inconvénient à ce que tu me détestes!

   - Il y a encore un problème de taille!, continua Hans.

   - Ah! Bon? Vraiment?

   - Oui... Je m'installe dans tes appartements ou c'est toi qui viens vivre dans les miens?

 

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mercredi 7 juillet 2010

8b

   Une incroyable effervescence régnait autour de la Salle des Banquets. Les personnages les plus importants d'Olympia et de Kamra-Hata devaient se réunir pour régler les détails de la cérémonie des Armes Sacrées. La nouvelle était arrivée la veille, par un messager spécial: les guerriers d'Eskéron qui s'étaient repliés et pensaient rejoindre leur royaume avaient été exterminés par les troupes d'Adriana, plus d'une semaine auparavant. Le messager avait fait diligence, mais la frontière avec le Territoire Interdit était loin d'Olympia. Cependant, l'homme ne put rien apprendre à Kéréïs sur les intentions de l'armée de Kamra-Hata, ni sur sa destination. Pour cela, il faudrait encore patienter plusieurs jours. En attendant, Kaerion avait réussi à établir avec certitude la date de la cérémonie. Elle aurait lieu à l'aube, exactement trois semaines plus tard.

   Tous les participants étaient là. Sauf l'un des principaux protagonistes: Hans. On l'avait cherché partout, on lui avait laissé des messages dans ses appartements, sans résultat. Le Roi semblait bel et bien s'être volatilisé et certains commençaient à craindre qu'il ne lui soit arrivé malheur. La réunion devait avoir lieu, avec ou sans lui, et malgré le rôle capital qu'il devait tenir durant la cérémonie. Le tour de table fut de courte durée. Kéréïs donna à son frère une occasion de se racheter en assistant Réhno qui s'occuperait de la sécurité avant et pendant la cérémonie. Les représentants des trois familles d'Olympia, ceux de Kamra-Hata mais aussi ceux d'Eskéron, participeraient activement à la préparation des fêtes données pour l'occasion. Kéréïs avait, en effet, décidé que les Dieux seuls choisiraient de châtier ou de pardonner ceux qui les avaient trahis et qu'en attendant, ceux-ci devaient se rendre utiles. Adriana, de son côté, semblait nerveuse depuis l'annonce de la victoire de son armée. Les troupes d'Olympia avaient toutes repris position autour de la ville et cela n'arrangeait certainement pas ses plans. Les civils Olympiens et Nomades étaient tous revenus dans la cité-même ou dans les hameaux, qui, heureusement, n'avaient pas trop souffert de la présence de l'armée d'Aarkis; tous avaient été rapatriés dès la fin des combats et ils fêtaient dignement la victoire depuis leur retour. Kéréïs fit envoyer des messagers dans tout le royaume pour annoncer la date de la cérémonie: elle était sûre qu'elle aurait lieu et certaine que Hans se cachait parce-qu'elle l'avait humilié. Il reviendrait à temps pour l'aider à remettre les Armes Sacrées dans les temples.

   Les jours passèrent. Les préparatifs avançaient, les pèlerins affluaient et Hans était toujours introuvable. Tout le monde était affairé et personne, à part Kaerion et Réhno, ne semblait s'en inquiéter. Le Conseiller avait, en outre, d'autres problèmes. Depuis quelques temps, et malgré une surveillance accrue dans tous les quartiers, de nombreuse agressions s'étaient produites, ainsi que cinq meurtres. Plusieurs suspects avaient été interpelés puis relâchés. L'inquiétude montait et les doutes de Réhno semblaient se confirmer. Quelqu'un désirait saboter la cérémonie, et cette personne ne pouvait être que le Roi. Kéréïs refusait de croire une telle chose. Elle pensait plutôt que c'était l'oeuvre d'Adriana. La reine de Kamra-Hata craignait en effet de perdre son royaume au profit de Kéréïs, qui ne cachait nullement son intention d'unifier une fois pour toutes, et sous son égide, les trois royaumes qui avaient pris part à cette guerre. De ce fait, croyait-elle, une fois qu'Adriana serait avertie que son armée avait été neutralisée, les agressions et les meurtres, n'ayant plus lieu d'être, cesseraient. Ce en quoi Kéréïs se trompait lourdement. Adriana apprit en même temps son échec, la trahison de Sonia et les soupçons que l'on nourrissait à son égard. Elle fut consignée dans ses appartements. Les forfaits continuèrent. Il restait alors moins de deux semaines avant la cérémonie. Le nombre des meurtres, lui, grandissait de jour en jour.

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   Il ne restait maintenant plus que trois jours avant la cérémonie. Kéréïs avait à nouveau réuni roi, reine et princes dans la Salle des Banquets. Tous semblaient très mal à l'aise. Kéréïs voulait seulement leur avis quant à ce qu'il convenait de faire pour la cérémonie. Sans Hans, celle-ci pourrait-elle avoir lieu? Fallait-il tout annuler? Kaerion lui conseilla vivement de ne rien précipiter et de garder espoir, mais, dans l'ensemble, personne ne pensait que le Roi reviendrait au Palais. Puis Kéréïs les pria de la laisser seule avec Réhno.

   - Comment peut-il me faire ça?, s'écria-t-elle dès que les autres furent partis. Tu ne m'aides pas beaucoup, toi! Que font tes gardes, en ville? Les boutiques? Chaque matin on trouve un nouveau cadavre dans la rue!

   - Je vais te répéter ces quelques mots que l'on entendait souvent ici, à une certaine époque: "Encore ces maudits pillards!". Je ne peux rien faire pour arrêter ces "pillards"! Nériin t'avait prévenue, tu n'en as tenu aucun compte! Mais ne te venge pas sur moi des erreurs que tu as commises ou il se pourrait bien que, moi aussi, je disparaisse!

La-dessus, il tourna les talons et quitta la pièce. Kéréïs se laissa tomber sur une chaise, effondrée. Hans l'avait abandonnée et maintenant Réhno menaçait d'en faire autant. Elle sanglotait tout en marmonnant, la tête enfouie dans ses mains, lorsqu'elle entendit appeler son nom. Elle leva les yeux et reconnut le vieil homme en guenilles qu'elle avait déjà rencontré à Olympia.

    - Comment êtes-vous entré ici?, lui cria-t-elle.

Le vieillard la fixait d'un air triste.

   - Que voulez-vous?, reprit-elle sur le même ton.

   - Moi, je ne veux rien... mais toi, que veux-tu?

   - Qu'est-ce que ça peut vous faire, ce que je veux?

   - Si tu le prends ainsi... Tant pis pour les Armes Sacrées!

Le vieillard fit mine de s'en aller.

   - Attendez! Non! Attendez!, supplia-t-elle. L'homme fit demi-tour. Est-il vrai que c'est à cause de moi que le Roi est parti?

   - Oui. Tu l'as blessé! Tu as foulé au pied sa fierté!

   - Mais je n'ai jamais voulu ça! C'est lui qui a insisté pour que je monte sur le trône! J'ai voulu faire de mon mieux pour qu'il soit fier de moi!

   - Tu as pris goût au pouvoir et tu l'en as écarté. Involontairement, je te l'accorde, mais le résultat est le même! C'est son royaume à lui aussi, tu n'aurais pas dû l'oublier!

   - Que puis-je faire, maintenant?

   - Le retrouver et lui rendre son Trône...

   - Comment le trouverais-je? Cette ville est tellement grande!

   - Réfléchis! Où serait-il allé se cacher s'il avait décidé que toi seule pourrait l'y trouver?

Kéréïs réfléchit quelques instants.

   - Le vieux temple!, s'écria-t-elle. C'est ça? Alors, toutes ces agressions, ce n'était pas lui!

L'homme haussa les épaules et sourit tristement.

   - Hélas..., soupira-t-il.

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dimanche 4 juillet 2010

8a

   Le plan de Hans avait fonctionné à merveille! Comme il l'avait prévu, l'armée, privée de ses chefs et coupée en deux, fut facilement neutralisée. De nombreux guerriers d'Eskéron avaient réussi à fuir mais l'armée d'Adriana les attendait à la frontière. La seule chose que Hans n'avait pu prévoir, c'était que Kéréïs irait mettre sa vie en danger pour que sa stratégie soit un succès. Aarkis et les princes d'Eskéron avaient été mis aux arrêts et enfermés au premier étage, dans les anciennes chambres des Grands Prêtres, conformément aux ordres de Kéréïs, et non exécutés, comme l'aurait souhaité Hans. Mais celui-ci était trop préoccupé pour y penser. Il faisait les cent pas devant l'appartement de la Reine, tandis que Ramis et Anthéa étaient auprès d'elle. Réhno arriva à son tour sur le palier, accompagné d'un vieil homme vêtu à la manière des Nomades. Hans ne l'avait jamais vu mais il sut immédiatement que c'était son père. Pendant que Réhno demandait des nouvelles de Kéréïs, Nériin se tint à l'écart, puis le Conseiller abandonna les deux hommes et entra dans l'appartement. Hans et Nériin restèrent là, sans bouger, s'observant du coin de l'oeil. Aucun des deux ne s'était véritablement préparé à cette rencontre. Réhno revint quelques minutes plus tard pour les trouver dans l'exacte position où il les avait laissés.

   - Ramis dit que l'on peut entrer la voir!, annonça-t-il avant de retourner dans la pièce.

Hans se préparait à entrer quand il s'aperçut que Nériin n'avait pas bougé.

   - Vous pouvez venir, si vous le souhaitez, lui dit-il, embarrassé.

Nériin le remercia tout aussi sobrement et le suivit à l'intérieur. La porte de la chambre de Kéréïs était ouverte et les deux hommes virent d'abord Ramis et Anthéa, chacun d'un côté du lit, passant un onguent sur le dos de la jeune fille, avant de la voir, elle. Son dos était à vif et portait des traces de ceinturon ou de fouet. Elle était allongée sur le ventre, mais elle était toujours consciente. Ses jours n'étaient pas en danger. Hans et Nériin eurent un même mouvement de recul. Le Roi des Nomades appela son médecin et lui fit signe de venir.

   - C'est horrible!, dit Ramis tout bas, en refermant la porte. C'est la première fois que je vois une telle barbarie! Elle a dû souffrir atrocement!

   - Elle va devoir rester alitée longtemps?, demanda Hans.

   - Elle pourra se lever bientôt, dans un ou deux jours, je pense, mais...

   - Mais quoi, Ramis?, s'impatienta Nériin.

   - Vous avez vu son dos, n'est-ce pas? Son corps entier est recouvert des mêmes blessures! Elle a de profondes entailles aux poignets et aux chevilles... je crois qu'elle a été battue par un fou: celui qui a fait ça voulait avant tout lui faire mal! C'est un miracle qu'elle ne leur ait rien dit!

   - Elle est très têtue!, grommela Hans. A-t-elle dit le nom de celui qui l'a frappée?

   - Non, répondit Ramis, mais je pense qu'Aarkis vous le dira. Il a été très choqué par ce qu'il a vu.

   - Je vais de ce pas le lui demander!

   - Non!, s'exclama Nériin. Vous savez très bien ce qu'elle a décidé pour les princes d'Eskéron!

   - De quoi je me mêle?, s'écria Hans, hors de lui.

   - Arrêtez ça!, leur cria Kéréïs depuis la chambre. Et venez ici!

Le père et le fils obéirent comme un seul homme. Dès qu'il furent auprès de Kéréïs, Anthéa se retira et alla rejoindre Ramis. Réhno était assis dans un coin de la chambre. Il observait. La jeune fille s'adressa au Roi des Nomades.

   - Vos guerriers sont-ils à leur poste?

   - Oui. Ils ont suivi mes ordres et sont remontés au nord de la ville en suivant les fuyards. Ils attendent!

   - Parfait!, reprit Kéréïs. Réhno, fais surveiller Adriana, cela nous évitera des surprises! Hans, tu dois faire attention à toi! Rien ne dit que personne n'essaiera à nouveau d'attenter à ta vie!

   - En quoi cela te gênerait-il?, rétorqua l'intéressé. Tu t'occupes de tout, non? Tu décides de tout, seule! Continue! Tu as vraiment un don pour ça!

Sur ce, il sortit en claquant la porte. Réhno, toujours impassible, calé dans son fauteuil, attendait. Kéréïs jouait à nouveau, peut-être sans le vouloir, avec la fierté de Hans et cela pouvait très bien se retourner contre elle avant longtemps!

   - Vous devriez être plus prudente avec lui, dit Nériin au bout d'un moment, comme pour confirmer les pensées de Réhno. Vous n'êtes pas de taille à lutter contre lui!

   - Je n'ai rien fait de mal!, se récria-t-elle. Je l'ai juste mis en garde, pour sa sécurité!

   - Vous avez blessé son amour propre et ce que j'ai pu lire dans ses yeux ne laisse rien présager de bon!

Nériin quitta la pièce à son tour, mais plus discrètement que son fils. Réhno savait que le vieux Nomade avait raison. Lui aussi avait vu l'expression sur le visage de Hans alors que Kéréïs parlait. Et cela faisait longtemps que le jeune homme n'avait laissé transparaitre autant de colère, de haine. Réhno s'en souvenait très bien: la première fois qu'il avait vu ce regard, c'était six ans auparavant, dans une petite auberge...

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mercredi 30 juin 2010

7c

   La nuit prenait le pas sur le jour. A Olympia, l'attente devenait, pour beaucoup, angoissante. dans le camp des rebelles, l'avenir du royaume tout entier allait se décider. Aarkis attendait, faisant les cent pas sous sa tente, jetant, de temps à autre, un coup d'oeil sur la couronne que Kéréïs lui avait apportée. Avait-il eu tort de confier la jeune fille aux princes d'Eskéron? Il tournait et retournait cette question dans sa tête, imaginant le pire. Le prince Harald mit fin à ses angoisses. Il rejoignit Aarkis, suivi des autres seigneurs et de deux soldats qui soutenaient Kéréïs. Celle-ci fut rapidement jetée à terre et le Zalide sentit le remord l'envahir: le visage de la Reine était couvert de traces de coups, ses vêtements, déchirés, ses poignets, ensanglantés.

   - Elle n'a pas menti!, lança Harald.

Aarkis le regarda d'un air méprisant.

   - Vous en êtes sûr?, demanda-t-il.

   - Tout à fait! Personne ne ment quand je pose des questions! La ville est à nous!

   - Nous irons là-bas demain, à l'aube!, fit Aarkis pour toute réponse.

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   Postées sur le toit du Palais, des sentinelles donnèrent le signal indiquant l'arrivée d'Aarkis. Instantanément, tous se mirent en place dans la ville. Hans et Réhno, eux, surveillaient depuis la terrasse, dissimulés derrière la rambarde.

   - Kéréïs ne nous rejoint pas?, s'inquiéta le Roi au bout de quelques minutes. Réhno garda le silence. Hans réitéra sa question mais n'obtint pas davantage de réponse.

   - Où est-elle? Il lui est arrivé quelque chose?

A ce moment-là, Aarkis fit son entrée dans la ville mais il était trop loin pour qu'ils puissent distinguer les personnes. Hans saisit Réhno à la gorge et le maintint au sol.

   - Parle! Où est-elle?

Sonia, la fille d'Adriana, les rejoignit alors et réussit à les séparer. Hans était hors de lui; Réhno appréhendait de lui dire où se trouvait Kéréïs et préféra garder le silence. La tête de l'armée d'Aarkis était aux portes du Palais.

   - Réhno! Regardez!, s'écria Sonia.

Le prince de Zalis était là, parmi les premiers, entouré des princes d'Eskéron. Immédiatement à ses côtés se tenait Kéréïs, la tête couverte d'un voile aussi sombre que ses vêtements.

   - Eh! Mais, c'est ma couronne qu'il porte!, s'exclama Hans.

   - Silence!, ordonna Réhno. Tu veux tout savoir, hein?, ajouta-t-il, exaspéré. Aarkis n'a pas cru le messager, elle y est allée elle-même: c'était la seule solution! Puisqu'elle porte ce voile, c'est que tout a bien marché!

   - Elle a l'air...bizarre..., dit Sonia. Je descends!

La princesse partie, Hans regarda Réhno droit dans les yeux.

   - Prie pour qu'ils ne lui aient pas fait de mal!

Réhno soutint son regard sans faiblir.

   - Et toi, rétorqua-t-il, souviens-toi que c'était ton plan!

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   Aarkis aida Kéréïs à descendre de cheval. Elle avait du mal à se tenir debout et il dut la soutenir pour monter les marches. La couronne et les acclamations n'arrivaient pas à lui faire oublier ce qu'il avait laissé faire. Il ne pouvait apprécier complètement son entrée dans la cité des Dieux. A peine furent-ils entrés dans le Palais, qu'un jeune femme s'approcha d'eux. Sonia, car c'était elle, avait auparavant caché ses armes derrière l'escalier.

   - Ma maîtresse a l'air malade, dit-elle d'une petite voix en avançant vers Kéréïs avec prudence. Puis, elle prit le bras de la jeune fille qui grimaça de douleur. Je vais l'emmener dans sa chambre..., ajouta Sonia.

   - Elle reste avec nous!, lança l'un des compagnons d'Aarkis.

A cet instant, des hurlements retentirent à l'extérieur, suivis du fracas provoqué par les grandes portes qui se refermaient brusquement. Sonia profita d'un bref moment de confusion pour entrainer Kéréïs à l'écart. Des soldats surgirent de toutes parts, encerclant les princes, qui, sous la menaces d'archers, durent déposer leurs armes. Aarkis interpela alors Sonia.

   - Allez chercher un médecin! Votre Reine est gravement blessée!

 

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dimanche 27 juin 2010

7b

   - C'est absolument ridicule! Grotesque!...Suicidaire!, criait Adriana.

La Reine de Kamra-Hata venait, comme Nériin, Réhno, Oméga et quelques généraux, d'entendre les grandes lignes du plan élaboré par Hans et à part elle, personne ne songea à les critiquer à haute voix. Ce plan leur semblait tout de même désespéré.

   - Si vous avez l'intention de suivre ce plan, je quitte Olympia aujourd'hui même! Je ne vais pas attendre patiemment que vos ennemis me tranchent la gorge! Sans compter qu'il est hors de question que je mette en danger la vie de ma fille et celle de Kaerion!

   - Vous ne risquerez rien, ici!, promit Kéréïs. Le plan de Hans est plus complexe que vous ne le pensez et votre sécurité sera assurée.

   - C'est trop risqué, je suis désolée!

   - Adriana, je dois vous parler!, intervint Kaerion en l'entrainant dans une partie éloignée de la pièce avant d'ajouter:" Personnellement, je pense que leur plan a été mûrement réfléchi, mais quand bien même nous serions en danger, nous devons rester ici!"

   - Que veux-tu dire par là?

   - Que les Dieux désirent vivement que nous ne bougions pas du Palais. Nous n'avons pas le choix!

   - Tu en es sûr?

   - Sûr et certain!

La reine regagna sa place et ne put qu'assurer Kéréïs de son soutien, puisque les Dieux en avaient décidé ainsi. Le plan de Hans fut alors dévoilé dans son intégralité, révélant, à ceux qui ne le connaissaient pas, le génie et la perversité du Roi d'Olympia. Kéréïs attendit cependant qu'Adriana se fut retirée pour expliquer à ses généraux et à Nériin ce qui se passerait après la "bataille" d'Olympia et leur demanda de l'aider à persuader la reine de Kamra-Hata que les troupes qui devaient attendre à l'extérieur de la ville seraient composées de son armée et de celle de Nériin. En aucun cas, Adriana ne devait se douter de la position réelle des troupes Nomades. La survie d'Olympia en dépendait!

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   Les civils étaient prêts à partir dès que Kéréïs en donnerait l'ordre et une agitation sans nom régnait dans toutes les maisons; l'armée de Nériin était en position; celle d'Olympia également. Sonia participait à la "mise en place" des soldats et de la garde du Palais tandis que les princesses d'Eskéron s'occupaient des préparatifs pour la diversion: les volontaires ne manquaient pas pour tenir ce rôle décisif! Elles en choisirent quatre, leur expliquèrent la marche à suivre et répétèrent avec eux la scène imaginée par Hans. Les soldats qui joueraient, eux, pour un temps seulement, le rôle des habitants, faisaient des repérages, dissimulaient des armes de façon à ce qu'ils puissent, le moment venu, s'en saisir rapidement, et dressaient des barricades dans les ruelles, derrière les maisons, afin de contenir l'ennemi, de l'obliger à rester sur l'avenue principale où il serait une proie facile. Tout était prêt, ou peu s'en fallait. Il ne manquait que l'ennemi. Et celui-ci ne fut pas long à venir, ne rencontrant aucune résistance en chemin. Le plan de Hans pouvait commencer.

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   Aarkis et ses troupes avaient quitté Zalis depuis de nombreux jours et étaient arrivés près d'Olympia sans rencontrer un seul soldat ennemi. Les princes d'Eskéron et les généraux zalides redoutaient une embuscade avant la ville des Dieux, mais rien ne vint troubler leur marche. Aarkis, quant à lui, se réjouissait de cet état de chose car, pensait-il, si l'armée de Hans s'était repliée à Olympia, il profiterait de l'occasion pour détruire la ville. Quelques flèches enflammées bien tirées...

   Il fit établir un camp à quelques heures de marche à l'ouest d'Olympia afin d'envoyer des hommes en reconnaissance. A sa grande surprise, ses éclaireurs lui rapportèrent que la ville était paisible et que les portes en étaient ouvertes. Hormis quelques gardes qui faisaient leur ronde, il n'y avait pas l'ombre d'un soldat. De toute évidence, il y avait un piège. Mais où? De quelle manière Hans pensait-il s'y prendre? Les princes d'Eskéron déconseillèrent à Aarkis d'entrer dans la ville et il reconnut que c'était, en effet, très risqué. La réponse à leurs questions se présenta sous la forme d'un héraut qui demanda à parler à Aarkis. On le fouilla minutieusement avant de le laisser entrer sous la tente du prince. L'homme s'agenouilla et présenta les respects de la Reine Kéréïs. Aarkis resta sur sa réserve.

   - Que me veut-elle?, demanda-t-il.

   - Sa Majesté désire que vous sachiez que Sa Majesté le Roi, Hans, a rejoint les bords du Styx hier, aux premières heures de la nuit...

   - Sa santé ne s'était donc pas améliorée après son petit... accident?

   - Si, Seigneur! Il avait même repris certaines activités, lorsqu'hier dans la journée, il a eu un autre accident, comme vous l'appelez. Les personnes qui ont pris part à cet...accident, ont été exécutées ce matin, à l'aube.

   - En quoi tout cela me concerne-t-il?, demanda Aarkis sur un ton des plus détachés.

   - Je suis ici pour vous transmettre un message qui me met au supplice, mais c'est mon devoir d'obéir à ma Reine... Sa Majesté vous fait savoir qu'elle quitte dès aujourd'hui la ville, en compagnie du Conseiller et qu'elle compte également s'éloigner du royaume. Son Altesse le prince Cosmo ne désirant pas monter sur le Trône, celui-ci est désormais vacant. Sa Majesté m'a également demandé de vous remettre ceci comme preuve de sa bonne foi.

Le héraut, en parlant, avait tendu à Aarkis une cassette. Le prince l'ouvrit sans plus tarder et découvrit, à l'intérieur, une lettre manuscrite officialisant l'abdication sans condition de Kéréïs et la médaille dont elle n'avait jamais accepté de se séparer: la médaille de Hans. Aarkis commençait à y croire lorsque l'un des princes d'Eskéron le mit en garde et proposa de questionner sérieusement le messager. Mais Aarkis s'y opposa.

   - Tu dois comprendre, dit-il au héraut, qu'il est difficile de ne pas croire à une ruse!

   - Je redoutais ce moment!, avoua l'homme. Mais puisqu'il en est ainsi! Sa Majesté se propose de venir, en personne, vous remettre la couronne jadis portée par son père.

   - Quoi? Elle viendrait elle-même?

Aarkis se tourna vers ses alliés et les interrogea du regard.

   - Qu'elle vienne donc!, dit un prince.

   - Oui! Qu'elle vienne!, renchérit un autre.

Aarkis se retourna vers le messager.

   - Qu'elle vienne...seule! Si elle a dit la vérité, elle n'a rien à craindre de moi! Va!

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mercredi 23 juin 2010

7a

   L'armée d'Adriana, séparée en deux corps lors du débarquement, faisait route vers le nord en suivant les montagnes. Il avait été convenu que les troupes qui étaient à l'ouest surveilleraient l'organisation des rebelles jusqu'à leur départ vers Olympia puis rejoindraient l'autre groupe, au nord, une fois que les armées d'Eskéron seraient arrivées. Puisqu'il était impossible d'empêcher les princes de franchir le Territoire Interdit, Kéréïs et Adriana avaient décidé qu'ils devraient payer ce geste et que l'armée de Kamra-Hata leur couperait le chemin du retour. Très bien entrainées et surtout, fraîches et disposes, les guerrières n'auraient aucun mal à anéantir une armée qui venait de livrer bataille et de faire un si long voyage! Quelle que soit l'issue de la guerre, les princes d'Eskéron ne reverraient jamais leur patrie.

   De leur côté, les Nomades, sur l'ordre de Nériin, ayant mis les femmes, les enfants et les vieillards à l'abri, établirent dans le désert, des camps qu'aucune armée n'aurait pu déceler. Leur mission était encore vague, mais ils disposèrent leurs troupes, auxquelles s'étaient joints des soldats d'Olympia, comme Nériin le leur avait demandé: une partie au sud de la ville, suffisamment éloignée pour que l'on ne soupçonne même pas sa présence; une autre partie au nord-est de la ville, une troisième au nord-est du royaume et la dernière, au sud-ouest de Dendra.

Kéréïs, elle, avait fait revenir toutes ses troupes à Olympia et attendait qu'Aarkis quitte Zalis pour éloigner tous les civils et les envoyer se mettre à l'abri loin de sa cité. Hans, qui reprenait chaque jour plus de forces, voulait garder le contrôle de son armée et fit appeler Kéréïs pour lui exposer son plan.

   - Regarde!, dit-il en lui montrant un croquis. Ca, c'est Olympia, d'accord? Tu disposes la plus grande partie de l'armée, ici, à l'est et au sud, pas trop loin de la ville, de sorte qu'elle puisse intervenir rapidement, tu me suis?

   - Oui, oui!

   - Bon! Je passe à la ville-même: tu mets toute la garde du Palais en alerte et dès que les civils ont été évacués, tu les fais remplacer par la partie de nos troupes que tu as conservée ici. De cette façon, Aarkis et ses amis entreront en vainqueurs dans une ville, apparemment, bien disposée à leur égard...

   - Tu veux qu'on les laisse entrer?

   - Oui! Les soldats seront déguisés en civils mais armés. Aarkis pensera que c'est gagné d'avance et qu'il ne risque rien! Et que fera-t-il?

   - Il viendra directement ici, au Palais...

   - Exact! Il est trop vaniteux pour se méfier... surtout si la "population" l'acclame sur son passage!

   - D'accord, mais son armée va le suivre!

   - Justement! Et on va leur réserver un petite surprise! Il faudra placer près des portes, des hommes prêts à les refermer à un signal qui leur indiquera qu'Aarkis est dans l'enceinte du Palais. Ces hommes devront créer une diversion et fermer simultanément les portes de la ville et celles du Palais!

   - Aarkis sera pris au piège ici, une partie de son armée sera dans la cité, aux prises avec notre armée et ceux qui se retrouveront dehors assiègeront la ville...

   - Sauf si nos troupes, à l'extérieur, se mettent en marche dès la fermeture des portes! L'effet de surprise jouera un grand rôle, il ne faudra rien négliger!

   - Et si Aarkis n'est pas à la tête de son armée?

Hans éclata de rire. Ses yeux brillaient d'une lueur mauvaise.

   - Nous ferons en sorte qu'il y soit! Dès que ses troupes seront en vue, envoie un héraut lui annoncer que je suis mort quelques heures auparavant et que tu renonces à régner. Les espions qu'il pourrait avoir encore ici n'auront pas le temps de le prévenir! Et il fera une entrée... triomphale!

   - Seul un esprit retors comme le tien pouvait concevoir un tel plan!

   - Merci! C'est trop!, plaisanta le Roi. Au fait, personne n'a su me répondre: ce médecin, là, Ramis, d'où sort-il?

   - Ramis? C'est un excellent médecin, n'est-ce pas? Il...il est Nomade, je crois...

   - Me cacherais-tu quelque chose?, demanda Hans, menaçant.

   - Moi?, s'écria Kéréïs en prenant un air étonné. Oh! Jamais! Comment le pourrais-je?

   - Kéréïs?

   - Hans?... Bon, d'accord! J'avoue! Mais tu n'as pas de quoi te fâcher! Quelqu'un de bien intentionné m'a prévenue de me méfier d'Adriana, alors, comme son armée est en ce moment dans notre royaume, j'ai sollicité l'aide des Nomades...

   - Je croyais que nos guerres ne les concernaient pas?, s'étonna Hans.

   - Ils se moquent complètement des Guerres Civiles, mais là, le danger vient de l'extérieur du Royaume! Leurs guerriers se sont postés de façon à intercepter l'armée de Kamra-Hata si l'envie la prenait de faire un détour par Olympia!

   - Bonne initiative! Tu n'as rien d'autre à me dire?

   - N...non. Je ne vois rien d'autre...

   - Où sont les chefs des Nomades? Où est leur Roi?

   - Ici..., répondit Kéréïs en baissant la tête d'un air coupable.

   - "IL" est ici?, s'écria Hans d'une voix tonitruante.

   - Oui! Et Ramis est son médecin personnel! Et toute sa tribu est à Olympia depuis que je suis revenue de Kamra-Hata! Et les herboristes qui ont trouvé l'antidote font partie de sa tribu! Et c'est grâce à eux que tu es en vie! Voilà!

   - Tu parles! Il a dû prier les Douze Dieux pour que j'y reste, oui!

   - C'est faux! Il est resté à ton chevet jusqu'à ce que tu reprennes connaissance, la première fois! Il a fallu que je lui fasse un récit détaillé de ta vie et de celle de Lori! Il t'a tenu la main pendant des heures et, lorsque tu t'es réveillé, il a eu peur de ta réaction, alors il attendait dans la pièce d'à côté ou montait prendre de tes nouvelles toutes les heures ou presque!

   - Tu ne t'attends pas à ce que je le pardonne? Eh! Bien! J'espère que tu es patiente! Ca risque d'être très long!

   - Ca m'est égal, que tu lui en veuilles ou non, si tu veux savoir! Si j'étais toi, j'écouterais au moins ce qu'il a à dire pour sa défense!

   - Mais tu n'es pas moi! Et lui n'est rien pour moi! La seule personne qui se soit comportée avec moi comme un père, c'est Lori!

   - Eh! Bien! Tiens! Voilà! Vous avez un point commun, lui et toi! Vous aimiez tous les deux Lori!

   - Quoi?

   - C'était son frère!, lança-t-elle en quittant la pièce.

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dimanche 20 juin 2010

6d

   Kéréïs dormait profondément, recroquevillée sur un canapé, lorsqu'elle fut tirée de son sommeil par la voix de Hans. Elle se leva tant bien que mal et s'approcha du lit. Elle avait passé la nuit dans la chambre du Roi, juste au cas où il aurait eu besoin de quelque chose. Lui n'avait pas fermé l'oeil, essayant de comprendre ce qui l'avait poussée à rester stoïquement à son chevet pendant deux jours et trois nuits.

   - Comment te sens-tu?, lui demanda-t-elle.

   - Comme si j'avais été piétiné par une armée à cheval!... Pourquoi es-tu restée ici? J'ai beau y réfléchir, je ne parviens pas à trouver une bonne raison à ce geste...

   - Il n'y avait aucune bonne raison!, répondit Kéréïs en souriant. C'était purement égoïste...

   - Je le savais!, marmonna-t-il.

   - J'ai beaucoup de dettes envers toi te je déteste ça, mais d'un autre côté, il fallait bien que je fasse quelque chose! C'est vrai! Le Palais serait vide, sans toi... Je ne voulais pas que ... tu...

   - Et tu as laissé ce pauvre Hakim tout seul?

   - Il n'est plus au Palais! J'ai cru comprendre que sa présence te dérangeait...

Hans se mit à rire doucement.

   - Qu'aurais-tu fait, si j'étais...mort?, demanda-t-il soudain.

   - J'aurais abdiqué!, répondit-elle en soupirant.

   - Quoi?

   - Qu'aurais-je pu faire d'autre?, s'écria-t-elle. Cela aurait été la seule solution! Je rendais le trône à mon père, Aarkis perdait presque toute son armée et la Guerre Civile prenait fin sans effusion de sang! Ou si peu! Et après, Réhno et moi, nous serions repartis vivre dans les montagnes, loin de tout...

   - Tu penses vraiment ce que tu dis?

   - Je le pensais quand tu étais mourant!... Hans, j'ai besoin de toi...

   - Pour la cérémonie, je sais!

   - Non! Non! C'est secondaire, ça! Je ne sais pas comment te l'expliquer... c'est... c'est comme si nous étions liés par autre chose que cette marque de naissance...

   - Eh! Là! Fais attention à ce que tu vas dire!

   - Ne t'inquiète pas! Je ne pense pas à...à...Enfin, bref! Quand je suis partie à la Sentinelle du Désert, j'ai emmené les pages du journal qui te concernaient pour me protéger, c'est certain, mais aussi pour garder une sorte de contact... pareil pour ta médaille! Cela n'a rien à voir avec des...sentiments... c'est... oui, comme si on était les deux "côtés" de la même personne... tu vois ce que je veux dire?

   - Je crois, oui...

   - Tu vois, j'ai partagé beaucoup de choses avec Réhno, mais je crois que j'en ai partagé encore plus avec toi! Ne serait-ce que parce-que nous détestons les mêmes personnes.

   - Je crois que j'ai saisi!... Sans le vouloir, et sans que l'on puisse y changer quoi que ce soit, nous pensons les mêmes choses, nous arrivons aux mêmes conclusions et par le même cheminement, c'est ça?

   - Ca me parait une très bonne explication!

   - Je ne sais pas comment tu te sens, mais, moi, ça m'a donné un de ces maux de crâne, de réfléchir!

Kéréïs sourit et se mit à bâiller.

   - Il te faut encore du repos, lui dit-elle. Et à moi également! Je reviendrai te voir dans quelques heures!

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mercredi 16 juin 2010

6c

   Aidés par les herboristes, les médecins élaborèrent assez rapidement un antidote au poison qui coulait dans les veines du Roi et après plusieurs jours de traitement, les quatre hommes blessés commencèrent à retrouver des couleurs, l'un des deux gardes parvenant même à s'asseoir dans son lit. La guérison complète, cependant, devait prendre plus de temps. Il leur fallait une alimentation appropriée et beaucoup de repos et de calme, ce qui, avec l'agitation qui régnait au Palais, n'allait pas être facile à trouver. Kéréïs montait régulièrement prendre de leurs nouvelles tandis que Nériin se faisait plus rare, craignant que son fils ne le rejette, et alors qu'Anthéa restait presqu'en permanence au chevet de Réhno. Les médecins étaient désormais résolument optimistes et pensaient que tout danger était écarté. Mais alors que le Conseiller et les deux gardes, luttant de toutes leurs forces, prenaient le pas sur leur "maladie", le Roi rechuta subitement et tomba dans une léthargie dont personne ne parvenait à trouver l'origine. On vérifia que la nourriture qu'on lui avait donnée était saine, que ses plaies cicatrisaient normalement et qu'il avait pris régulièrement son son antidote: rien ne justifiait cette rechute. La santé de Hans se mit à décliner, lentement mais sûrement, et les médecins ne purent que se déclarer impuissants. Au bout de deux jours, il était tellement affaibli qu'il fallait se pencher juste au-dessus de son visage pour l'entendre respirer. Réhno envoya chercher Kéréïs, interrompant un conseil de guerre.

   - Approche... approche..., lui dit-il dès qu'elle entra. Il faut que nous parlions, tous les deux...

   - Comment va Hans?, demanda-t-elle en redoutant la réponse.

Réhno lui fit signe de s'asseoir.

   - De mal en pis..., dit-il. Si son état ne s'améliore pas, il ne verra peut-être pas le jour, demain.

   - Adriana dit que tout ça, c'est la preuve que les Dieux ne veulent pas de lui, à cause de tout ce qu'il a fait, dit Kéréïs d'un air absent. Elle dit que c'est une punition pour les femmes qu'il a déshonorées, les meurtres qu'il a commis et toutes les trahisons dont il s'est rendu coupable; Je sais qu'il mérite cent fois ce qui lui arrive mais je ne peux m'empêcher de penser que c'est injuste que ça lui arrive maintenant et de cette façon...

   - Injuste pour qui? Pour lui... ou pour toi?

   - ...pour moi, je crois! C'est ce que tu voulais que je dise, non?, s'écria-t-elle. Bien sûr, tu es là, toi, mais quel intérêt aura Olympia une fois qu'il sera mort?

   - Tu veux dire que tu as l'intention d'abdiquer?

   - ...oui...

   - Alors, laisse-moi te raconter une histoire que je tiens de Lori: quand il a fait venir Hans au Palais, il a entreprit de l'éduquer et, jour après jour, année après année, il lui a transmis tout son savoir et l'a persuadé de vouer sa vie à une mission. Cette mission, pour lui, a commencé lorsque ton père est devenu Roi d'Olympia. Lori a fait promettre à Hans de t'aider, de te protéger et de te faire monter sur le Trône. C'est pour cela que je suis revenu ici, il y a trois ans: pour l'aider, à mon tour, dans la mesure de mes possibilités. C'est en grande partie à cause de cette promesse qu'il a ôté la vie à de nombreuses personnes. Et c'est à cause d'elle, toujours, qu'il va mourir, bientôt...

   - C'est bien joli, tout ça, mais je n'y peux rien!

Réhno soupira et lui jeta un regard noir.

   - Tu n'as pas compris où je voulais en venir? Pendant les années que tu as passées ici, après qu'on t'ait enlevée à moi, chaque fois que tu avais un problème ou que tu voulais un conseil... ou seulement parler à quelqu'un, tu t'es tournée vers lui, et il a toujours été là. Combien de fois t'a-t-il sauvé la vie? Plus d'une fois, c'est certain! Et soudain, tu t'es tournée vers Aarkis: Hans a pris le pouvoir... et m'a envoyé un message, me demandant de vous retrouver et de veiller sur toi. Il hésitait encore; tantôt il avait envie de te tuer, tantôt il ressentait le poids de la promesse faite à Lori. Finalement, tu es revenue, de ton plein gré, et au lieu de demander son aide, tu lui as tourné le dos, préférant confier tes secrets et tes problèmes à Tahl puis à Hakim. Pour lui, sa mission est terminée, la vie n'a plus aucun intérêt! Tu l'as laissé tomber, Kéréïs, et il se refuse à lutter contre la mort... Pire, il l'appelle de toute son âme! Encore une chose: je lui ai parlé quelques instants avant ... que... Sais-tu quels ont été ses premiers mots? Il m'a demandé si tu étais là... puis si Hakim était toujours au Palais! Je suis presque certain que lorsque Tahl l'a attaqué, il n'avait déjà plus envie de se battre!

Kéréïs regardait Réhno, ébahie par la virulence de ses propos. Réhno, si calme, si froid, qui s'échauffait subitement et qui s'en prenait à elle par des paroles empreintes de colère.

   - Ce qui est arrivé est de ma faute, c'est ça?, dit-elle d'un air navré.

Réhno se radoucit quelque peu.

  - Je n'ai pas dit qu'il n'y avait aucun espoir qu'il survive! Va le voir, parle-lui, explique-lui ce que sa disparition signifierait vraiment pour toi et peut-être, avec un peu de chance, t'entendra-t-il!

   - La présence d'Hakim le dérange... vraiment?

Réhno fit signe que oui. Kéréïs se leva sans ajouter un mot avant de quitter la pièce et Réhno l'entendit parler à Hakim dans l'entrée, sans parvenir à comprendre ce qui se disait. Elle revint quelques instants plus tard mais alla droit à la chambre où l'on avait installé Hans. Elle s'assit au bord du lit et lui prit la main, mais il ne réagit même pas. Alors, elle se mit à parler, doucement. Elle lui raconta les montagnes et la vie avec les Bannis; les baignades dans les petits ruisseaux, les parties de pêche avec Axis, les leçons sur les plantes que la sorcière lui donnait à l'insu de celui qu'elle prenait pour son père; la peur, lorsque les soldats avaient surgi; le désespoir à la vue d'Axis, à terre, cerné par des flammes de la même couleur que ses cheveux... Puis la terreur, à nouveau, en découvrant le Palais et ses vrais parents; la haine, la colère, qui avaient pris le pas, jusqu'à l'apaisement, grâce à lui... Réhno écoutait, debout près de la porte entrouverte; à ce moment du récit de Kéréïs, il ferma la porte et ordonna qu'on les laisse seuls. Et Kéréïs continua à parler, à expliquer à Hans à quel point elle avait besoin de lui et à lui énumérer toutes les raisons qu'il avait de vivre. Elle resta ainsi jusqu'à une heure avancée de la nuit où l'un des médecins vint à nouveau l'examiner. Lorsqu'il se retira, elle s'assit à la tête du lit, prit Hans dans ses bras et recommença à parler. Elle en arriva même à l'insulter parce-qu'il ne se battait pas, et à le supplier pour qu'il le fasse. Elle ne fit une pause qu'après l'aube, lorsque le médecin de Nériin vint pour juger des effets de la nouvelle thérapie. Ramis parut surpris de trouver Hans en vie, mais refusa de se prononcer quant au futur. Il expliqua à Kéréïs qu'il ne fallait pas se réjouir trop vite mais aussi que l'on pouvait toujours espérer, sinon qu'il guérisse, du moins que son état ne s'aggrave pas davantage. Il promit de revenir en milieu de journée et se retira. Kéréïs, après s'être dégourdi les jambes, reprit sa position de la nuit et son monologue, depuis le début. La matinée fut longue pour tous, mais à midi, Hans était toujours en vie. Et Kéréïs de lui rappeler les leçons de lecture et d'écriture, les tours qu'il exécutait pour lui procurer des livres, ses réactions, souvent exagérées, lorsqu'elle venait lui demander son aide... A l'approche de sa deuxième nuit de veille, Kéréïs, qui n'avait pris aucune nourriture, commença à se sentir fatiguée. Ses membres s'engourdissaient et sa tête lui semblait lourde. Très lourde. Elle s'accorda une courte trêve et alla faire quelques pas sur la terrasse. L'air frais de cette nuit d'hiver lui donna la force dont elle avait besoin pour continuer. Elle retourna à sa place plus déterminée encore. En milieu de matinée, Ramis examinait de nouveau son patient et cette fois, il voulut bien montrer un peu d'optimisme. Kéréïs, qui n'avait pas quitté Hans depuis une trentaine d'heures, fit également part au médecin de ses propres observations: au cours de la nuit, la respiration du Roi s'était faite peu à peu plus régulière, et, à plusieurs reprises, il avait resserré sa main sur la sienne. Ramis fut d'avis que ces signes étaient encourageants.

   Cela faisait maintenant plus de deux jours complets que la Reine veillait le Roi agonisant. Les médecins, eux, prenaient une collation dans le salon voisin en compagnie de Réhno et Nériin. Tous se sentaient impuissants et saluaient l'obstination de la jeune fille. Réhno plus particulièrement: il avait demandé à Kéréïs de parler à Hans, pas de jeûner, ni de rester éveillée pendant de si longues heures. Tous s'accordèrent sur le fait qu'elle négligeait sa santé, mais pas son royaume, qu'elle avait "confié" à des hommes intègres et justes, à savoir, son père et celui de Hans. Malgré cela, les rumeurs, bien alimentées par des personnes résidant au Palais, sur la mauvaise santé du Roi, allaient bon train et Olympia craignait l'arrivée des troupes d'Aarkis d'autant plus que son "héros" ne serait pas de la bataille. Ils devisaient ainsi sur un ton grave, lorsque Kéréïs entra en coup de vent.

   - Ca y est!, s'écria-t-elle. Il a ouvert les yeux!

Elle s'effondra dans un fauteuil tandis que les médecins se précipitaient dans la chambre. Ils revinrent au salon quelques minutes plus tard, visiblement détendus.

   - Il est tiré d'affaire!, annonça Ramis. Puis, se tournant vers Kéréïs qui s'endormait: Il vous réclame.

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dimanche 13 juin 2010

6b

   Le jour suivant l'attentat, Kéréïs convoqua son père et Nériin dans la Salle du Trône. Il fallait prendre un décision et il fallait le faire vite.

   - J'ai bien réfléchi, leur dit-elle. J'y ai pensé toute la nuit; j'ai pesé le pour et le contre et je ne vois aucune autre solution... du moins, aucune qui soit aussi satisfaisante. Père, j'aimerais que vous me secondiez en reprenant les dossiers à traiter en urgence: il s'agit d'affaire courantes dont Réhno s'occupait... avant... Bref! Nériin, je souhaiterais que vous et votre Conseil des Sages acceptiez de me guider quant aux armées: je ne connais strictement rien à "l'art de la guerre"! Avez-vous besoin de temps pour réfléchir?

   - En ce qui me concerne, répondit Oméga, je suis d'accord. Et je suis prêt à commencer tout de suite!

   - Parfait! Nériin?

   - Il y a une chose que je voudrais savoir avant de donner ma réponse...

   - Je vous écoute!

   - Est-il vrai que les guerriers d'Eskéron vont se joindre aux Zalides et... traverser le Territoire Interdit?

   - C'est exact! Mais si vous avez encore des doutes, deux princesses de ce royaume seront ici d'un jour à l'autre et vous le confirmeront.

   - Pourquoi les accueillir?, demanda Oméga.

   - Elles ont abandonné leur royaume, leurs biens et leurs maris à cause de cela et elles nous ont prévenu du danger. C'est suffisant à mes yeux pour les inviter à la cérémonie. D'autres questions?

   - Non, répondit Nériin. Puisque l'ennemi défie les Dieux, nous devons conjuguer nos forces et nos savoirs respectifs pour le repousser et le châtier! Envoyez vos généraux à notre campement, nous aviserons avec eux!

   - Parfait! Je vais voir où en sont les médecins! Père, suivez-moi, je vous donnerai les dossiers de Réhno.

Ils quittèrent la pièce ensemble et se séparèrent dans le couloir. Ils n'avaient parcouru que quelques mètres lorsque Kéréïs pria son père de l'attendre et courut rejoindre Nériin.

   - Attendez! J'ai une question à vous poser, moi aussi!, s'écria-t-elle.

   - Qu'y a-t-il?

   - Supposez que les gardes qui ont attenté à la vie de votre fils aient agi sur l'ordre de quelqu'un et que vous sachiez qui est cette personne, que lui feriez-vous, d'après vos loi?

   - Vous voulez vraiment le savoir?, s'étonna Nériin.

   - Oui! Oui! J'y tiens énormément!

                            XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

   A peu près une semaine après l'attentat contre Hans, la reine de Kamra-Hata faisait son entrée à Olympia. Elle voyageait non pas à cheval mais dans une sorte de charriot couvert, de grandes dimensions, décoré de plaques de métaux précieux et sur lequel on avait tendu quantité de draperies fines. Avertie de son arrivée, Kéréïs l'attendait de pied ferme devant la porte du Palais. La fille d'Adriana et les princesses d'Eskéron chevauchaient en tête du petit cortège et elles furent les premières à mettre pied à terre et à voir le "trophée" de Kéréïs. Lorsqu'Adriana, aidée par Kaerion et un esclave, descendit de son charriot et qu'elle l'aperçut à son tour, son sang se figea dans ses veines. Les princesses l'entourèrent aussitôt.

   - Qu'est-ce que c'est?, leur demanda-t-elle en s'efforçant de ne pas regarder.

   - Je crois, lui répondit Sonia, que c'est la façon qu'a la reine de faire savoir qu'elle a trouvé l'espion et que c'est le sort qu'elle leur réserve à tous.

   - Les rapports que nous avons reçus sur elle ne permettaient pas de penser qu'elle serait capable de.. de.. ça!

   - Majesté!, appela Léna. Majesté! Cette... ce...

   - C'est la nièce du Prince Faris!, termina Marissa. Elle avait disparu assez mystérieusement d'Eskéron... maintenant, on sait pourquoi!

Kéréïs descendit quelques marches à leur rencontre.

   - Qu'en dites-vous?, leur lança-t-elle en désignant la tête de Lia. Ca donne à réfléchir, non? C'est ... une coutume chez les Nomades de punir ainsi ceux qui ont attenté à la vie du Roi!

   - Vous devriez quand même lui faire des funérailles, non?, répondit Adriana.

   - J'y penserai quand Hans sera de nouveau sur pieds!

Kéréïs les conduisit elle-même aux appartements qu'elle leur avait réservés, au deuxième étage. Après un aussi long voyage, elles avaient sûrement besoin de se rafraîchir et de se reposer. Lorsqu'elle prit congé, Marissa la suivit, mue par la curiosité.

   - Est-ce vrai, ce que l'on raconte sur le Roi?, demanda-t-elle. Qu'il s'est battu, avec ses troupes, et qu'il a, à lui seul, tué plus de cent guerriers ennemis?   

   - Il s'est battu, c'est sûr!, lui dit Kéréïs en riant. Et il était certainement au plus fort de la bataille! Mais quant au nombre de guerriers auxquels il aurait fait rendre leur dernier souffle, je ne peux vous le confirmer! Malheureusement, il a été attaqué sitôt revenu au Palais et je n'ai pas eu le loisir d'entendre son propre récit!

   - Oui, c'est bien dommage! Je suis sûre que c'est un guerrier exceptionnel!... Je voulais vous dire autre chose, ajouta-t-elle plus bas. L'espionne, c'était une belle prise! C'était la nièce de l'un des trois plus puissants princes d'Eskéron!

   - Mmm! J'aurais aimé que vous rencontriez mon mari! Il venait de là-bas, lui aussi... J'aurais ainsi pu savoir qui j'ai tué!

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mercredi 9 juin 2010

6a

   Kéréïs était assise au chevet de Réhno lorsqu'on vint la prévenir de l'arrivée de plusieurs "visiteurs". Elle alla à leur rencontre. Son visage était fermé et elle dut se forcer pour les accueillir aimablement. Le vieil homme qui ouvrait la marche la salua d'un geste et demanda à voir les blessés.

   - Qui est-ce?, demanda le médecin du Palais.

   - C'est le médecin personnel du Roi des Nomades, répondit-elle machinalement. Bonjour, Nériin!, ajouta-t-elle à l'adresse du père de Hans. Venez avec moi, tous les quatre.

   - Ces deux hommes, dit Ramis, le médecin de Nériin, sont des experts dans le domaine des plantes et des poisons que l'on peut en tirer. Ils nous seront sûrement d'un grand secours.

   - Je l'espère, dit Kéréïs sans les regarder.

Les médecins se mirent alors à examiner les malades et leurs blessures tandis que les deux "experts" se faisaient remettre les armes utilisées. Kéréïs et Nériin se tenaient debout près du lit de Hans. Le vieil homme le regardait fixement.

   - C'est... mon fils?, demanda-t-il.

Kéréïs acquiesça d'un signe de tête. Elle non plus ne pouvait le quitter des yeux.

   - Il ressemble quand même beaucoup sa mère...

   - Oh! Ca!, dit Kéréïs en esquissant un sourire, c'est parce-qu'il dort et qu'il a l'air inoffensif!

   - Si seulement je n'avais pas écouté ce prêtre...

   - Son destin était tracé! D'une manière ou d'une autre, il serait parvenu à monter sur le trône d'Olympia!

   - A-t-il ... changé... ses habitudes... depuis que vous m'avez parlé de lui, à mon campement?

La voix de Nériin tremblait, de même que la main dans laquelle il prit celle de son fils.

   - Pour autant que je sache, répondit Kéréïs, il n'a tué personne depuis mon retour, il y a trois ans... Vous ne le savez pas, mais il m'a sauvé la vie, plus d'une fois, et il a toujours veillé sur moi, comme Lori le lui avait demandé, même s'il a eu, parfois, des envies de meurtre tout à fait compréhensibles!

   - Pourquoi devait-il vous protéger, vous, en particulier?

   - Pour la même raison qui a poussé Lori à épargner sa vie: je porte la même marque de naissance que lui. Vous aviez raison, Lori n'aimait pas du tout les Grands Prêtres et il a tout fait pour les contrer. Il l'a payé de sa vie et... Hans, en le vengeant, a accompli une partie de la Prophétie.

   - Si j'avais su...

   - Vous ne pouviez pas le savoir! Seuls les Grands Prêtres connaissaient les termes exacts de la Prophétie. Lori n'a su ce qu'il avait fait qu'une fois ordonné et admis au Palais!

   - Il me hait, n'est-ce pas?, demanda Nériin. C'est normal, après tout...

Kéréïs sourit et posa amicalement sa main sur le bras du vieux roi.

   - Oui, c'est normal qu'il vous en veuille mais je crois qu'après l'épreuve qu'il endure, il verra les choses sous un nouveau jour... Du moins, je l'espère.

Derrière eux, les médecins et les herboristes travaillaient avec acharnement. Ces derniers avaient concocté des cataplasmes qui devaient, dans un premier temps, nettoyer les plaies du mieux possible. Il leur faudrait sûrement encore du temps avant de mettre au point un antidote efficace, le poison utilisé n'ayant pas été identifié avec certitude.

Kéréïs aurait volontiers participé aux recherches mais elle avait sa propre mission à accomplir: démasquer l'espion d'Eskéron afin d'éviter qu'il ne nuise à nouveau. Elle savait que Tahl avait obéi à un ordre, mais également qu'il était au Palais depuis trop longtemps pour être l'espion qu'elle cherchait, et puisque celui-ci vivait au Palais depuis peu, il ne pouvait être que dans l'entourage de ses parents ou de son frère. La remarque qu'Oméga avait faite, devant elle, à Cosmo au sujet de son "intrigante" de femme lui revint en mémoire et elle envoya deux gardes chercher son frère afin qu'elle puisse l'interroger dans une pièce tranquille. Elle le reçut dans l'ancienne Salle de Réunion des Prêtres. Kéréïs l'invita à s'asseoir dès son arrivée, elle-même ayant pris place dans le fauteuil autrefois réservé au Grand Prêtre de Zeus.

   - Cosmo, lui dit-elle d'une voix douce, je sais que tu n'as pas désiré ce qui est arrivé à Réhno et à Hans. Et je sais aussi que tu n'as jamais réellement souhaité monter sur le trône d'Olympia. Alors, si tu voulais bien m'expliquer pourquoi cela s'est produit... et me dire qui en est à l'origine, j'oublierais volontiers ton rôle dans cette affaire.

   - L'idée de régner m'est venue petit à petit, toute seule, dit-il d'un air navré.

   - Cosmo! Mon petit Cosmo! Je suis absolument sûre que tu as été manipulé et trompé. Quelqu'un t'aura complimenté sur tes idées, et t'aura convaincu que tu étais le meilleur roi possible pour Olympia... et le plus légitime... Qui t'a poussé à les chasser? Comment mon mari s'est-il retrouvé mêlé à ça?

Cosmo se leva et alla s'asseoir plus près de sa soeur.

   - Tahl est venu me trouver de lui-même, reprit-il. Il m'avait dit, avant de partir combattre, que si Hans et Réhno étaient chassés, toi et lui quitteriez la ville et que le trône me reviendrait.

   - Tahl commandait la Garde Royale: tu n'as pas eu peur que cela soit un piège?

A ces mots, Cosmo comprit où elle voulait en venir et sut qu'elle avait raison. Il pâlit et se mit à bredouiller.

   - Par tous les Dieux! C'est... c'est ...Lia?

   - Ta femme? Qu'a-t-elle à voir là-dedans?

   - Elle m'a dit qu'elle et Tahl venaient de la même cité, qu'elle le connaissait et qu'il disait la vérité!

   - Ta femme?, répéta Kéréïs sur un ton plus sec.

   - Depuis que nous sommes à Olympia, elle dénigre sans arrêt Hans et Réhno. Et toi aussi. Quand ils sont partis se battre, elle m'a dit que ... toi et...

   - Epargne-moi les rumeurs sur ma vie privée! Je la connais mieux que personne!

   - Pardon! Tu avais raison: elle me disait sans cesse que vous meniez le royaume à sa ruine et je suppose que j'ai fini par le croire.

   - Es-tu conscient que je vais devoir...

   - ... nous punir? Oui...

   - Non, Cosmo! LA punir!

Cosmo poussa malgré lui un soupir de soulagement.

   - Que vas-tu lui faire?, demanda-t-il.

   - Je ne sais pas encore, mais ça dissuadera les autres espions qui trainent ici. En attendant que j'aie trouvé, tu la surveilleras de près. Je ne veux pas la mettre aux arrêts; je préfère lui faire la surprise... juste au moment où elle se sentira le plus en sécurité...

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dimanche 6 juin 2010

5b

   Depuis la terrasse du Palais, Kéréïs et Hakim observaient l'entrée triomphale du Roi d'un oeil amusé.

   - Tu crois qu'il s'est vraiment battu?, demanda le jeune homme.

   - Si je le crois?, s'exclama la Reine. Si tu le connaissais comme je le connais, tu n'en douterais pas un seul instant!... Bien sûr, qu'il s'est battu! Et à la tête de l'armée, encore!

   - Un Roi ne peut pas se permettre d'exposer sa vie aussi bêtement!

   - Tu as raison, Hakim! Mais le mot "défaite" ne fait pas partie du vocabulaire de Hans!... En y réfléchissant, je ne me rappelle pas l'avoir entendu y faire seulement y faire allusion...

   - Voilà qui me donne envie d'aller écouter sa version de la bataille!

Kéréïs acquiesça. Ils quittèrent la terrasse et gagnèrent le couloir. Une esclave vint alors à leur rencontre et tendit à Kéréïs un parchemin dont elle parcourut rapidement le contenu.

   - Réhno veut me parler, dit-elle à Hakim, dans le jardin...

   - Bien! Pour ma part, je vais écouter les récits de guerre du nouveau héros d'Olympia!

  - Oui, oui, vas-y! Je te rejoins!

Ils se séparèrent là. Kéréïs se rendit au jardin mais Réhno ne semblait pas y être. Elle alla de l'autre côté du sentier et revint bredouille. "C'est vraiment le jour pour me faire perdre mon temps!", pensa-t-elle. Soudain, Hakim surgit devant elle.

   - Quelque chose ne va pas!, s'écria-t-il. La porte de la Salle du Trône est verrouillée de l'intérieur! Ce n'est pas normal!

Sans un mot, Kéréïs se précipita à l'intérieur, Hakim sur ses talons, puis appela les gardes. Des soldats arrivèrent de partout à ses cris.

   - Où est le Roi?, demanda-t-elle.

   - Dans la Salle du Trône!, répondit un homme. Je l'ai vu y entrer avec sa Garde!

   - La porte est verrouillée!, cria quelqu'un.

Kéréïs fit signe à plusieurs soldats de la suivre et les entraina vers le passage "secret" que seuls Réhno et elle connaissaient. A peine eurent-il franchi la "porte" qu'ils virent, à terre, quelques gardes et le Roi. Tahl et d'autres membres de la Garde Royale se tenaient là, leurs épées couvertes de sang. Tandis qu'ils engageaient le combat avec les nouveaux arrivants, Hakim alla déverrouiller la porte et d'autres gardes, fidèles au Roi, purent entrer et maîtriser les renégats. Kéréïs se précipita vers Hans. Il portait plusieurs blessures plus ou moins profondes mais il respirait encore, quoique faiblement.

   - Un médecin! Vite!, hurla-t-elle en se relevant.

Hakim se jeta devant elle, mais pas assez vite pour lui épargner le spectacle qu'il voulait lui cacher. A moitié masqué par une colonne, un homme gisait, face à terre, dans une mare de sang. Subitement, à cause de cette vision, elle se retrouvait transportée des années en arrière. Quelqu'un la maintenait fermement, l'empêchant de bouger, les cabanes en bois brûlaient, les soldats criaient, frappaient, tuaient... Il était là, à quelques mètres devant elle, dans la même position, et elle ne pouvait l'atteindre... elle tendait la main... elle l'appelait... elle hurlait...Elle revint tout aussi brutalement au moment présent et regarda Tahl. Il souriait.

   - Ils vont mourir..., dit-il. C'est fini!

Kéréïs s'approcha de lui, lentement, les yeux brillant de haine et un étrange sourire aux lèvres. Tahl souriait toujours. Soudain, ses traits se crispèrent et il s'effondra, mortellement touché. Sans un mot, Kéréïs reprit sa dague et alla s'agenouiller près de Réhno. Un médecin l'examinait.

   - Il est encore en vie!, dit-il. Le Roi aussi... mais les armes qu'ont utilisé les agresseurs étaient enduites d'un poison que je ne connais pas. Ils pourraient survivre à leurs blessures... mais je doute qu'ils en aient pour longtemps...

   - Faites-les transporter, ainsi que les deux gardes qui ont survécu, dans les appartements de Réhno, dit-elle très bas. Et le plus discrètement possible.

Entretemps étaient arrivés Oméga et Cosmo. Ce dernier s'avança jusqu'au trône et se tourna face à l'assistance.

   - Le Roi est grièvement blessé et il y a peu de chances pour qu'il survive!, annonça-t-il. Au nom de mes ancêtres d'Olympia, moi, Cosmo, je prends possession de ce Trône et de ce royaume!

Kéréïs se précipita sur lui et Oméga eut juste le temps de s'interposer pour l'empêcher de le tuer.

   - C'est ton frère!, s'exclama-t-il.

   - Et alors? Je viens bien de tuer mon mari!

   - Ils ne devaient pas mourir, juste partir!, se récria Cosmo, caché derrière son père.

   - Et tu as cru qu'ils se laisseraient chasser?, lui demanda celui-ci. Repars dans tes appartements! Va retrouver ton intrigante de femme et dis-lui que ma fille est vivante et qu'elle est toujours reine de ce royaume!

Cosmo disparut aussitôt et Oméga prit la dague des mains de Kéréïs. Hakim s'approcha alors et entraina la Reine hors de la Salle du Trône.

   - Hakim, lui dit-elle une fois hors de portée de voix, va prévenir mon "invité" de ce qui vient de se passer. Dis-lui de venir et d'emmener avec lui ses médecins... ses sorciers... quel que soit le nom qu'il leur donne! Fais vite! Je serai dans les appartements de Réhno.

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mercredi 2 juin 2010

5a

   - Eh! Tu as vu ça? On a de nouvelles esclaves!, disait un garde à son collègue.

   - Bah!, disait l'autre, ces réfugiées se vendent pour trois fois rien! Offre-lui un morceau de viande et elle t'épouse!

   - Dommage! Je suis déjà marié!

Les deux hommes s'esclaffèrent au passage d'une jeune fille qui portait un plateau surchargé.

   - Eh! Toi! Où vas-tu, comme ça?, lui demanda le premier garde alors qu'elle ouvrait péniblement la porte des appartements de Hans. Elle interrompit son geste et baissa humblement la tête.

   - On m'a dit, aux communs, que je devais remplir les corbeilles à fruits et les carafes, là, dit-elle d'une petite voix. Le garde s'approcha d'elle et attrapa une de ses nattes blondes avant de tirer dessus.

   - C'est bon! Vas-y!, dit-il en riant. Puis d'ajouter, plus bas: Je finis ma garde dans une heure; viens donc me voir au premier étage! Je t'attends!

"Compte là-dessus!", lui répondit-elle mentalement.

Elle entra dans le bureau de Hans, referma la porte derrière elle, posa le plateau sur une chaise et se rendit directement à la chambre. Le Roi était allongé sur son lit. Elle s'approcha de lui sur la pointe des pieds et étira son bras pour se saisir du poignard ciselé. Hans fut plus rapide qu'elle. Il la prit par le poignet et la déséquilibra. Elle se retrouva assise sur le lit et éclata de rire.

   - On entre chez toi comme dans une auberge!, dit-elle enfin. Heureuse de voir que tu es toujours sur tes garde!

   - Depuis que j'ai reçu ta lettre, je ne reçois personne sans être entouré de Réhno et de la Garde Royale! On va croire que j'ai peur!

   - Tu es prudent et tu as raison de l'être! On est envahi d'espions, ici!

   - A commencer par toi! Au fait, ton esclave, Hakim, est arrivé ce matin. Il te fait dire que tout s'est bien passé.

   - Tu l'as vu en présence de ta Garde?, s'écria Kéréïs.

   - Pas la peine! Il avait ta médaille! Alors, tes recherches avancent?

   - Tiens!, dit-elle en lui tendant une feuille de papier. La liste des espions d'Aarkis... Je n'arrive pas à mettre la main sur ceux d'Eskéron et de Kamra-Hata! Ca m'énerve!

   - Laisse tomber! On va bien finir par te reconnaitre, si ce n'est pas déjà fait!.. Eh! Eh!, ajouta-t-il en examinant la liste. Il y a foule! Bon, alors, tu "reviens" à Olympia?

Kéréïs sembla hésiter, puis, dans un soupir:

   - D'accord! Si tu insistes...! Je "rentre" demain!

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   Confortablement installés sur la terrasse des appartements de Réhno, Kéréïs et le Conseiller examinaient les rapports des contre-maîtres quant à la construction des "hameaux". Les travaux avançaient vite et bien. Les habitations étaient déjà presque terminées et les réfugiés avaient commencé l'édification des bâtiments qui serviraient, plus tard, à abriter les récoltes et les animaux. Entre temps, les femmes, qui ne participaient pas à ces travaux, avaient organisé un nouveau convoi vers l'est et devaient revenir sous peu avec du bois, de jeunes arbres et divers plants. Tous se passait pour le mieux à l'extérieur et à l'intérieur des remparts. Les réfugiés commençaient à s'installer dans leurs nouvelles maisons et les quelques demeures inhabitées de la ville étaient peu à peu transformées en auberges, en boutiques ou, pour les plus grandes, découpées en appartements destinés à tous, réfugiés et Olympiens. Kéréïs, Hans et Réhno devaient rationner la nourriture et, à cause de cela, ils se refusèrent à augmenter les taxes. Appauvrir les gens n'aurait rien arrangé. Les villes du sud, elles, regorgeaient de richesses: le commerce qu'elles entretenaient avec d'autres royaumes et leur éloignement des zones de combat lors des précédentes Guerres Civiles y avaient largement contribué. Réhno, sur l'ordre de Hans, demanda donc aux Gouverneurs de soutenir, pendant l'hiver au moins, et sous forme de vivres, la ville et les habitants d'Olympia. C'était sans compter sur l'avidité et le manque de courage de ces hommes. Ayant appris, comme le reste du royaume, que la première armée d'Aarkis avait quitté Zalis et marchait sur Olympia, ils préférèrent rester neutres et éviter ainsi d'éventuelles représailles de la part du prince. Ils furent donc intraitables, sachant que devant l'imminence des combats, Hans n'enverrait pas de troupes dans le sud pour les "raisonner". C'est à peu près à cette époque qu'une kyrielle de petits navires apparut près des ports situés à l'extrême ouest et à l'extrême est de la côte, déversant, aux pieds des massifs montagneux, une grande partie de la population de Kamra-Hata: l'armée d'Adriana. La reine, sa fille ainée, Sonia, et le Devin Kaerion débarquèrent à Aekélion deux semaines après mais prirent, eux, la direction d'Olympia, où ils étaient invités à assiter à la cérémonie des Armes Sacrées.

    Cette cérémonie faillit cependant être compromise. En effet, Hans et Kéréïs devaient, ensemble, remettre les Armes Sacrées dans les temples, or, le Roi, apprenant qu'à l'est de Dendra, son armée et celle d'Aarkis ne parvenaient à se départager, avait quitté Olympia, deux ou trois jours seulement après le "retour" de Kéréïs. Il était parti avec sa garde personnelle, bien décidé à forcer la Victoire à choisir le camp d'Olympia. Sa décision de quitter le Palais fut la bonne. Coiffé d'un effrayant casque à cimier et portant une armure légère mais brillant d'un éclat presque surnaturel, il arriva au beau milieu de la bataille et se fraya, à coups d'épée, un chemin à travers les guerriers. Cà et là, il exhortait ses troupes, invectivait les trainards et chargeait l'ennemi avec une fougue et une assurance telles que les soldats d'Aarkis crurent qu'Arès était revenu. Leurs chefs avaient beau leur dire que ce cavalier n'avait rien d'un Dieu, la panique gagna finalement toute l'armée, qui se replia précipitamment et dans la plus grande confusion. Les soldats d'Olympia eux-mêmes n'étaient pas totalement convaincus que le cavalier était bien leur Roi jusqu'à ce qu'il enlève son casque et leur ordonne de repousser l'ennemi aussi loin que possible. Une grande clameur s'éleva alors autour de Hans et, dès que l'arrière-garde fut arrivée, les troupes se mirent en marche en frappant en cadence les boucliers avec le pommeau des épées. Ils poursuivirent ainsi l'armée d'Aarkis pendant deux jours et deux nuits. Au matin du troisième jour, des éclaireurs rapportèrent que l'ennemi s'était replié au nord-ouest de Dendra et, par des hérauts, avait demandé une trêve afin de procéder aux funérailles de ses morts. Hans fut alors acclamé comme jamais auparavant. Il fit savoir qu'il acceptait la trêve et rendit le commandement à ses officiers puis il appela sa garde et quitta le camp sous les cris de victoire des soldats. Il ne lui fallut qu'une semaine pour rallier Olympia mais la nouvelle de la déroute d'Aarkis et de son  propre courage l'avait, comme par enchantement, devancé et la ville l'accueillit en héros. On lui pardonna d'un coup ses crimes, les massacres absurdes qu'il avait autrefois ordonnés et le rationnement: il venait de sauver la ville des Dieux et il l'avait fait avec panache! Ses origines mystérieuses devinrent même la source de nouvelles rumeurs qui le désignaient désormais comme un envoyé des Dieux!

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dimanche 30 mai 2010

4b

   Kéréïs fut invitée à prolonger son séjour car Adriana attendait l'arrivée de nouvelles importates pour Olympia. Des nouvelles en provenance d'un royaume dont les maîtres, depuis des temps immémoriaux, cherchaient un moyen de conquérir Olympia. Un royaume composé de petits Etats dirigés par des Princes qui passaient leur temps à se faire la guerre, à nouer des alliances, à comploter chacun contre son voisin; où les liens de sang n'avaient plus aucune signification: Eskéron. Une nuit, Kéréïs fut brutalement tirée de son sommeil: l'heure était grave. Olympia était en danger. Adriana elle-même s'était levée et se trouvait dans les appartements de son invitée, accompagnée de deux jeunes femmes étrangement vêtues.

   - Kéréïs, dit-elle, voici les princesses Léna et Marissa. Elles viennent d'Eskéron et ce qu'elles ont à nous annoncer est tellement inquiétant qu'elles ont préféré quitter leur royaume plutôt que d'envoyer un messager!

Kéréïs les regardait sans mot dire, attendant qu'on lui explique de quoi il retournait. Adriana fit signe à Marissa de parler.

   - Votre Altesse!, s'exclama-t-elle, Olympia va être annexé et ni Aarkis ni vous ne survivrez! Le Prince de Zalis a convaincu le Conseil des Princes de s'engager à ses côtés dans la guerre!

Kéréïs haussa les épaules.

   - Aarkis est un imbécile! Tout le monde sait cela, à Olympia!

   - Vous ne comprenez pas?, intervint Léna. Ils vont traverser le Territoire Interdit!

   - Ce n'est pas tout, ajouta Adriana. Ils ont un espion chez vous, dans le Palais! Malheureusement, malgré leurs recherches, Léna et Marissa n'ont pu savoir qui il est!

   - Je suppose que Kamra-Hata a aussi des espions à Olympia...Cela ne prouve pas que vous ayez l'intention de nous détruire!

   - S'ils prennent Olympia -et ils le peuvent- les Armes Sacrées disparaitront à tout jamais!, s'écria Adriana. Les princes d'Eskéron se partageront le Territoire Interdit et les ruines de votre royaume et un jour, ils arriveront ici, et l'ultime lien qui nous unit encore aux Dieux tombera entre leurs mains! Vous devez rentrer chez vous et démasquer cet espion!

   - A votre avis, c'est un homme ou une femme?, demanda Kéréïs.

   - Nous n'en savons rien, répondit Marissa. Nous sommes sûres qu'il y en a un... mais nous ignorons s'il y en a d'autres, vous devrez vous méfier! Par chance, nous avons pu surprendre le message qu'il ou elle a envoyé et la réponse du Conseil: l'espion est en place depuis peu et sa mission est d'éliminer Hans. Le Conseil des Princes vous tient pour quantité négligeable...

   - Il ne sont pas au bout de leurs surprises!, marmonna Kéréïs. Je pars sur l'heure! Adriana, puis-je vous parler...en privé?

La reine remercia et congédia les deux jeunes femmes.

   - Qu'y a-t-il?

   - Puis-je emmener Hakim avec moi?

   - Pour quelle raison?, demanda Adriana en souriant.

   - Je ne veux prendre aucun risque et j'ai peut-être déjà mis quelqu'un en danger: j'ai besoin d'un messager sûr!

   - C'est bon! Il est à vous! Vous ne voulez pas d'escorte "officieuse"?

   - Non! Hakim et mes gardes, à Aekélion, me suffiront... Par contre, si vous pouviez me donner de cette mixture qui change la couleur de vos cheveux...

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mercredi 26 mai 2010

4a

   - Kéréïs, reine d'Olympia, nous sommes ravies de faire votre connaissance.

   - Reine Adriana, tout le plaisir est pour moi!

Kéréïs fut invitée à s'asseoir puis on lui présenta un plateau portant plusieurs coupes. Elle en prit une et la porta à ses lèvres.

   - Ainsi donc, reprit Adriana, Olympia a une Reine!

   - Et un Roi!, ajouta Kéréïs.

   - Oh! Les hommes y règnent toujours en maîtres incontestés! C'est donc votre époux qui vous envoie?

   - Absolument pas! Mon époux est seulement capitaine de la Garde Royale...

   - Je ne comprends pas! Etes-vous reine ou non?

   - Je le suis!, répondit Kéréïs entre deux éclats de rire. J'ai été sacrée reine et je partage le trône avec un roi. Une sorte de ...contrat moral... deux têtes sous la même couronne, si vous préférez!

Adriana paraissait de plus en plus intriguée et il en allait de même pour son entourage.

   - Mais, quels sont vos droits?...Je veux dire, que vous laisse-t-il faire?, s'enquit l'une des princesses.

   - J'ai exactement les mêmes pouvoirs que lui!

   - Tous les pouvoirs?, s'exclamèrent en coeur plusieurs personnes.

   - Tous!, répondit Kéréïs, très fière de son effet.

La Salle du Trône semblait s'être embrasée. Toutes commentaient cette étonnante nouvelle.

   - Silence!, ordonne la Reine. Silence! Evacuez la pièce! Nous avons à parler!

Toutes s'exécutèrent, sans un mot, à l'exception des deux filles d'Adriana et d'une femme qui semblait être l'équivalent féminin d'un Conseiller. Kéréïs se sentit subitement mal à l'aise. Jusque là, tout s'était, à peu près, bien passé. Maintenant, il fallait faire preuve de tact et tout mettre en oeuvre pour qu'Adriana ne se rallie pas à Aarkis. Quatre paires d'yeux la fixaient et la jaugeaient. La reine fut la première à parler.

   - Dites-moi quelque chose avant que nous n'en venions au but de votre visite: ces deux femmes qui vous accompagnent, sont-elles des esclaves?

   - Oui.

   - Tenir une femme en esclavage est un crime à Kamra-Hata, le saviez-vous?

   - A vrai dire, j'y avais songé, répondit Kéréïs d'un ton détaché. Et c'est pourquoi j'ai emmené ces deux femmes avec moi, car, depuis longtemps, elles souhaitaient recouvrer leur liberté, or, à Olympia, cela est impossible.

   - A cause de vos lois!, lança une princesse.

   - Non. A cause de la mentalité des gens. Ces femmes sont marquées dans leur chair: où qu'elles aillent, on les traitera en esclaves... si on ne les tue pas! J'ai pensé qu'ici, elles seraient à la fois libres et en sécurité.

La Reine et la "Conseillère" échangèrent un rapide coup d'oeil.

   - Votre geste vous honore, reprit Adriana. Mais pourquoi n'en avoir emmené que deux?

"Oh! Un piège!", plaisanta mentalement Kéréïs pour se détendre avant de répondre.

   - Je suis partie assez vite du Palais et j'ai pris avec moi celles qui en avaient manifesté le désir!, dit-elle.

Nouvel échange de regards entre Adriana et la "Conseillère". Cette fois, ce fut cette dernière qui s'adressa à Kéréïs.

   - Qu'attendez-vous donc de Kamra-Hata?, demanda-t-elle.

Kéréïs se redressa sur ses coussins et s'éclaircit la voix.

   - Franchement, je voulais seulement vous demander de ne pas intervenir dans la Guerre Civile que nous traversons.

   - Que nous offrez-vous en échange, pour que nous n'aidions pas votre adversaire?

  - Soris!, s'exclama la Reine.

La "Conseillère" ainsi rappelée à l'ordre recula de quelques pas et se tint désormais silencieuse.

   - Le problème est que trop de rumeurs circulent à votre sujet, reprit Adriana. Certaines personnes disent que vous retenez en otage la famille de l'épouse d'Aarkis, d'autres prétendent que vous auriez retrouvé les Armes Sacrées. Qu'avez-vous à répondre à cela?

Kéréïs haussa les épaules.

   - Faux. Vrai.

   - Comment ça, "faux, vrai"?

   - La première "rumeur" est fausse. La seconde est fondée!

   - Si la première n'est qu'invention, que fait l'ancien roi, Oméga, à Olympia?

   - Il est auprès de sa fille!

   - Mais sa fille est avec Aarkis!, s'écria Adriana.

   - Sa fille est devant vous!, rétorqua Kéréïs. Et je peux le prouver!

   - Alors, prouvez-le!

Kéréïs sourit méchamment puis se pencha vers Adriana.

   - Seul le Devin pourra reconnaitre la preuve! Pourquoi ne pas l'envoyer chercher?

La Reine de Kamra-Hata resta bouche bée pendant de longues minutes et dut fournir un effort considérable pour se ressaisir.

   - De quoi parlez-vous?, bredouilla-t-elle une fois revenue de sa surprise.

   - Elle parle de moi!, lui répondit une voix masculine dont le propriétaire ne tarda pas à apparaitre.

   -Kaerion, êtes-vous devenu fou?

   - Non, Adriana. Les Dieux m'avaient prévenu de son arrivée. Mais je dois encore m'assurer de son identité. Venez, ajouta-t-il à l'adresse de Kéréïs.

Celle-ci se leva d'un bond et suivit le Devin jusqu'à une pièce adjacente dont l'entrée était masquée par d'épaisses tentures. Le "confident" des Dieux demanda alors à la jeune fille de relever ses manches, puis il examina avec soin le curieux bracelet que les Dieux lui avaient donné. Satisfait, il sourit aimablement.

    - Je vais faire en sorte qu'Adriana vous traite avec le respect qui vous est dû!, dit-il enfin. Mais... où est l'autre? Savez-vous qui le porte?

   - Oui. Le Roi d'Olympia.

   - Le fameux Hans! Et les Armes Sacrées?

   - Sous bonne garde et prêtes pour la cérémonie! Mais j'ai besoin de vous pour cela.

   - Je ferai tout mon possible pour vous aider!

   - Alors, commencez par convaincre Adriana d'assister avec vous à cette cérémonie. Une fois à Olympia, vous pourrez m'aider.

   - Considérez que c'est fait! Maintenant, rejoignons-les.

Kaerion tint sa promesse et Kéréïs fut installée dans de luxueux appartements. On lui promit un esclave pour compenser la perte des ses servantes. Comme elle revenait d'une visite guidée du Palais, elle eut la surprise de trouver le jeune Hakim devant sa porte. Elle n'avait pas vraiment fait attention à lui, lors de leur première rencontre, et elle s'aperçut qu'elle avait affaire à un homme d'une grande beauté. L'idée de l'avoir en permanence à ses côtés pendant tout son séjour la fit frissonner. "S'il s'approche trop près de moi, je pourrais bien oublier que je suis mariée!", se dit-elle en le voyant sourire. Et quelques heures plus tard, alors qu'elle se préparait à se coucher, il entra dans la chambre et déposa, aux pieds du lit, un épais tapis et des coussins.

   - Que faites-vous là?, lui demanda-t-elle, intriguée.

   - Je prépare mon lit, Votre Altesse. Avez-vous besoin de quelque chose?

   - Vous allez dormir ici, dans ma chambre?

   - Vous ne voulez pas de moi?, s'exclama-t-il d'un air inquiet.

"Il ne manquait plus que ça!", se dit Kéréïs. "Comment une femme normalement constituée pourrait ne pas vouloir de lui?"

   - ... Je crois que... c'est juste que... je ne suis pas vraiment habituée à vos coutumes, vos comprenez?

   - Pardonnez-moi!... Puis-je prendre vos vêtements?

Kéréïs écarquilla les yeux.

   - Non, merci, ça ira!, répondit-elle précipitamment. Bonne nuit, Hakim!

   - Bonne nuit, Votre Altesse.

"Par les Douze Dieux d'Olympia! Encore une semaine! Toute une longue semaine à supporter ça stoïquement!"

 

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dimanche 23 mai 2010

3e

   Hans tournait en rond dans sa chambre sous le regard attristé de Réhno. Pour un peu, le Conseiller aurait eu pitié du Roi. Il était dans un état lamentable depuis plusieurs jours. Il tempêtait, vociférait avant de s'enfermer dans un mutisme qui pouvait durer des heures. Et comme il ne savait pas pourquoi il se sentait aussi mal, cela pouvait pendant très longtemps. Réhno avait envie de lui expliquer ce qui lui arrivait, mais Hans ne l'aurait pas écouté et pas cru.

   - Qu'est-ce qu'elle fiche?, demanda soudain le Roi. Ca fait combien de temps qu'elle est partie, maintenant?

   - Dix-sept jours et quelques heures, soupira Réhno.

   - Il lui est peut-être arrivé quelque chose! Quelle idée de partir, comme ça! On ne sait même pas où se trouve exactement Kamra-Hata! Elles sont peut-être hostiles, ces bonnes femmes, qui sait?

   - Hans, calme-toi! Elle va bien et elle va revenir! Ca ne sert à rien de s'inquiéter pour elle!

   - Pour elle?, s'écria Hans. Mais c'est pour moi que je m'en fais! Non, mais! Tu l'as vu faire? "Non, je ne monterai pas sur le Trône... Le pouvoir ne m'intéresse pas...". Maintenant qu'elle a une couronne, on dirait qu'il n'y a qu'elle! Je suis sûr que tout le monde rigole, dans mon dos!

Réhno ne savait quoi répondre, Hans n'écouterait que son propre avis. Non, il se fichait bien de ce qu'on pouvait dire ou penser de lui! Ce qui le gênait, sans qu'il l'admette, c'était de voir Kéréïs s'éloigner de lui. Autrefois, elle était toujours dans ses jambes, avait sans cesse besoin de lui ou de ses conseils. Depuis son départ pour la Sentinelle du Désert, après le meurtre d'Alpha, elle s'était raccrochée à Aarkis, à Réhno, à Tahl et maintenant, elle agissait comme si elle n'avait plus besoin de personne. Elle décidait toute seule. Et ça, Hans n'était pas prêt à l'accepter.

   - Mmmmmh!, finit-il par marmonner. On s'expliquera, elle et moi, quand elle reviendra!

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mercredi 19 mai 2010

3d

Quelques heures plus tard, la Reine d'Olympia était à bord, sur le pont, agrippée aux cordages et livide, à l'instar de ses esclaves. Le bateau tanguait affreusement et de temps en temps, des vagues venaient s'écraser sur le pont. Kéréïs et sa "suite" priaient en silence et tout l'équipage les observait en souriant d'un air moqueur. "Le" capitaine s'approcha enfin des passagères.

   - Je m'appelle Déhéla, leur dit-elle. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez-le moi. En attendant... c'est votre première traversée, non?

   - Oui..., répondit Kéréïs, le coeur au bord des lèvres.

   - Ma cabine est à votre disposition... si vous préférez faire le voyage à l'intérieur.

   - Nn-non, merci... je préfère rester à l'air libre...

   - Alors, marchez un peu, vous vous sentirez mieux.

Kéréïs se leva péniblement. La tête commençait à lui tourner. Déhéla la prit par le bras et l'entraina vers l'avant du navire. Derrière elles, le soleil se rapprochait de la terre, ce qui donnait à l'eau des reflets plus sombres. On apercevait, çà et là, des poissons volants.

   - Comment vous sentez-vous?, demanda Déhéla.

Kéréïs se força à sourire.

   - Mieux! Mieux! ... Beaucoup mieux, merci!

   - Parfait! N'oubliez pas: si vous avez besoin de quoi que ce soit...

Sur ce, elle tourna les talons, laissant Kéréïs aux prises avec un paysage un peu trop "remuant" à son goût. Malheureusement pour elle, le bateau ne devait arrêter de tanguer qu'une fois au port.

Kéréïs avait peu dormi depuis son départ d'Olympia et pas du tout à bord. Le bois qui craquait, le bruit des vagues contre la coque et les changements de quarts l'avaient tenue éveillée toute la nuit. Quand elle posa enfin le pied sur le terre ferme, elle eut l'impression que l'île flottait vraiment, comme le bateau. Elle se sentait sale, malade et faible, n'ayant rien avalé depuis son départ d'Aekélion. Et il lui fallait encore trouver le Palais et obtenir une audience. Elle aurait bien envoyé ses esclaves solliciter l'audience pour elle mais les deux jeunes femmes avaient, comme leur Reine, plutôt mal supporté la traversée. Kéréïs décida quand même de se mettre en route. Elle se fit expliquer le chemin à suivre et fut heureuse d'apprendre qu'il n'y avait qu'environ trois heures de marche jusqu'au Palais. Avec ses deux esclaves et tout son courage, elle partit aussitôt. Le vent se leva bientôt et les nuages noirs s'amoncelèrent au-dessus de l'île. Kéréïs se demanda comment elle allait convaincre les gardes du palais qu'elle était Reine d'un royaume autrement plus vaste que le leur, avec ses sandales pleines de boue, ses cheveux et ses vêtements ruisselants et escortée par deux femmes à l'aspect tout aussi misérable. Des éclairs d'une rare violence s'abattaient un peu partout et des torrents d'eau dévalaient la route sur laquelle elles cheminaient, les obligeant à avancer prudemment en se tenant les unes aux autres. Elles arrivèrent péniblement au Palais, sorte de temple érigé dans une clairière, près duquel s'élevait un hameau. Des esclaves, habitant ces maisons les aperçurent et allèrent les chercher. Une fois à l'abri, elles prirent conscience qu'elles étaient entourées uniquement d'hommes et se sentirent très mal à l'aise. Mais, assises devant un bon feu et réconfortées par une soupe très chaude, elles oublièrent vite leur gêne.

   - Où alliez-vous, comme ça?, demanda un homme.

   - Au Palais!, répondit Kéréïs en baillant. Mais je me vois mal m'y présenter dans cette tenue!

   - Ne vous inquiétez pas, nous allons arranger ça. Si vous voulez bien dormir ici, demain, tout sera prêt, reprit-il.

   - Comment vous appelez-vous?

   - Hakim, madame, répondit-il en s'inclinant.

   - Bien. Merci, Hakim, mais où dormirons-nous?, s'enquit Kéréïs.

   - Vous trois dormirez à côté, dans la chambre commune. Nous, nous apporterons quelques couvertures et passerons la nuit dans cette pièce. Cela vous ira?

Il semblait vraiment très heureux de les satisfaire et très inquiet à l'idée de leur déplaire. Kéréïs était trop fatiguée pour aller plus loin. Elle accepta donc avec plaisir. Le lendemain matin, les trois voyageuses trouvèrent à leur réveil, des vêtements propres, de quoi se laver et une petite table couverte de victuailles. Une fois prêtes et rassasiées, elles se rendirent dans la pièce où les esclaves avaient dormi. L'homme de la veille, Hakim, était là. Il se jeta aux pieds de Kéréïs dès qu'elle entra.

   - Votre Majesté aurait dû me dire qui elle était! Jamais je n'aurais insisté pour que vous dormiez parmi nous!

   - Comment savez-vous qui je suis?, demanda-t-elle sèchement en lui faisant signe de se relever.

   - Hier soir, dit-il sur un ton d'excuse...Hier soir, j'ai pris votre sac pour faire sécher son contenu et j'ai trouvé votre lettre d'introduction. Je l'ai portée au Palais...Notre Reine a dit de vous laisser vous reposer et aussi, qu'elle vous recevrait avec plaisir dès que vous le souhaiteriez.

Kéréïs ne put s'empêcher de sourire devant l'air désolé du jeune homme.

   - Vous savez, dit-elle, vous m'avez évité beaucoup de démarches! Et je vous en remercie! Maintenant, voulez-vous nous accompagner jusqu'à votre Reine?

 

 

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dimanche 16 mai 2010

3c

   Quelques temps plus tard, du côté de Zalis, Aarkis présidait un conseil de guerre.

   - Je ne comprends pas!, s'exclama-t-il soudain en tapant du poing sur la table. C'est le troisième messager que nous leur envoyons et aucun ne revient! Les hérauts ont pourtant un caractère sacré! Même Hans n'y touche pas!

Un de ses généraux sollicita la permission de parler. Aarkis tourna la tête vers lui.

   - Peut-être ce que l'on raconte sur Kamra-Hata est-il vrai?

   - Quoi? Que c'est un peuple de femmes, dirigé par une Reine? C'est d'un ridicule! C'est comme ces légendes qu'on racontait sur les Nomades! Vous vous en souvenez? On disait qu'ils avaient la peau bleue et ainsi de suite... Eh! Bien! Ils sont faits comme vous et moi! Oublions Kamra-Hata pour l'instant! Si ces gens refusent de nous aider, tant pis pour eux! Général Akan, où en sont les pourparlers avec Eskéron?

L'interpelé ouvrit un dossier un dossier posé devant lui et le tendit à Aarkis.

   - Comme Son Altesse peut le voir, certains Princes sont prêts à nous soutenir mais le Territoire Interdit reste un obstacle.

   - Comment ça? Il n'y a aucun passage?

   - Aucun! Olympia a été créé ainsi par les Dieux: le Territoire Interdit borde nos frontières. Dès les montagnes franchies, c'est la mort assurée!

Aarkis se leva, furieux.

   - Et comment savoir si c'est vrai?, hurla-t-il sous le regard incrédule de ses généraux. Personne n'a encore essayé de le traverser, que je sache!

   - Mais, les Dieux...

   - Quoi, "les Dieux"? Ils ont quitté Olympia, non? Envoyez un message aux Princes d'Eskéron! Dites-leur qu'ils peuvent traverser sans crainte!

                            XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

   - Réhno, ce n'est pas sorcier! Tout est dans les dossiers!, expliquait Kéréïs.

   - Pourquoi avoir envoyé ces gens dans les montagnes?, demanda le Conseiller.

   - Ils sont partis, avec une escorte et des chariots vides; ils vont ramener du bois de construction et du bois de chauffage. Si on suit les plans que j'ai faits, il y aura de quoi bâtir un nombre suffisant de maisons pour abriter tous ces réfugiés. Ils feront tout eux-mêmes, à l'extérieur des remparts, en contrepartie, nous leur fournirons des vivres jusqu'à leur première récolte après quoi, ils participeront activement à la reconstruction des réserves.

   - Et si l'armée d'Aarkis arrivait jusqu'ici, où iraient ces gens?

   - Ici même! A l'intérieur des remparts! Pour l'instant, veille à la construction et... au rationnement de la nourriture.

   - Tu pars tout de suite?, s'enquit Réhno.

   - Oui!, répliqua Kéréïs en se saisissant d'un sac posé à ses pieds. Une fois sur la côte, il me faudra trouver un bateau puis traverser les flots, parler à la Reine de Kamra-Hata et revenir au plus vite!

   - Combien de gardes emmènes-tu?

   - Seulement deux. Inutile d'attirer l'attention sur une impressionnante escorte. De plus, pour leur sécurité et la mienne, ils m'attendront au port... sur ce rivage.

   - Tu ne peux pas te présenter là-bas seule!

   - J'emmène deux esclaves. Des femmes. Je les libèrerai avant mon retour; qui sait? Peut-être la Reine de Kamra-Hata appréciera-t-elle ce geste?

Réhno fronça les sourcils mais s'abstint de répondre. Kéréïs posa une main sur son épaule et disparut sans un "au revoir". Malgré les apparences, ce long voyage la terrifiait. Elle ne savait pas où elle allait, ni ce qu'elle allait trouver, ni combien de temps cela durerait. Tant de choses pouvaient se passer pendant son absence. Hans, Réhno, Oméga et Cosmo sous le même toit; Aarkis, marié à Zhira; les armées prêtes au combat; et elle-même hors des limites du royaume, à la rencontre d'un peuple peut-être hostile... Elle imaginait le pire. Si cela se produisait, elle y serait préparée. Si tout se passait bien, alors, tant mieux. Ce n'était pas tant les habitantes de Kamra-Hata que la traversée qui l'inquiétait. Elle n'avait jamais vu de bateau et se demandait comment un gros morceau de bois pouvait flotter quand il transportait quantité de personnes et de matériel ou quand la mer se déchaînait. Bien sûr, elle savait nager; Axis lui avait appris, dans la rivière. Et elle avait déjà elle-même construit de petites embarcations, mais elles coulaient à pic au moindre souffle de vent!

La vue du port d'Aekélion calma quelque peu ses angoisses. L'immense rade abritait de véritables villes flottantes et une foule bigarrée envahissait les rues. Kéréïs choisit de s'asseoir et d'observer ces gens, dont beaucoup venaient d'autres royaumes. Elle envoya ses esclaves s'enquérir des destinations des bateaux et négocier leur transport jusqu'à Kamra-Hata.

   - Madame!, l'appela un des gardes. Vous voyez ce bateau?, demanda-t-il en pointant son index.

   - Cette "forteresse" toute décorée?

   - Oui, celui-là... c'est le vôtre!, ajouta-t-il tout bas.

   - Non!

   - Si!... Pardonnez mon indiscrétion, mais... pourquoi ne pas vous en servir?

   - A votre avis, pourquoi vous ai-je demandé de taire mon nom et de m'appeler "Madame"?

   - Pour que l'on ne sache pas qui vous êtes!

   - Gagné! Tu crois que se je montais là-dessus, on ne saurait pas très vite qui je suis et où je vais?

Le garde baissa la tête d'un air piteux. Les esclaves revinrent alors avec de bonnes nouvelles.

   - Nous avons trouvé un bateau de Kamra-Hata qui appareille dans deux heures. Elles acceptent de nous prendre pour la traversée.

   - Quand sera-t-on là-bas?, demanda Kéréïs.

   - Demain en milieu de journée. Ce n'est pas si loin.

   - Le Palais de leur Reine se trouve loin de l'endroit où elles vont nous débarquer?

   - Non. Kamra-Hata est une île. Un morceau de terre qui flotte sur la mer. Ce n'est pas très grand, parait-il.

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mercredi 12 mai 2010

3b

   Kaliba accepta donc de régner aux côtés de Hans sur Olympia. Le Roi fit placarder dans tout le royaume des copies de la nouvelle loi ainsi que l'annonce du prochain couronnement. Quant au mariage, au grand désespoir de Tahl, il fut célébré dans la plus grande intimité, à l'intérieur même du Palais. Le sacre, lui, fut quelque peu différé: on devait attendre les Gouverneurs alliés et la famille de Kaliba. Il eut finalement lieu, plus d'un mois après le mariage, dans la Salle du Trône; à cette occasion, et donc, officiellement, la princesse, en devenant Reine, prit définitivement le nom de "Kéréïs". D'après la nouvelle loi, Hans et Kéréïs avaient exactement les mêmes droits, devoirs et pouvoirs. Cependant, ils s'étaient accordés sur le fait que l'un était plus doué pour la gestion du royaume et plus apte à commander aux armées tandis que l'autre s'y entendait plus aux problèmes sociaux, religieux et à la diplomatie. Ils n'eurent donc aucune difficulté à se répartir les tâches ou plutôt, à définir leurs domaines d'action. Il était entendu qu'ils se concerteraient et prendraient l'avis de Réhno pour chaque décision importante. Chacun avait néanmoins ses détracteurs et surtout, ses propres partisans; mais personne ne put jamais dire avec certitude dans quel "camp" se situait le Conseiller. Peut-être n'avait-il vraiment aucune préférence. Peut-être était-il satisfait de cette façon de gérer le royaume. Qui sait? Kéréïs, quant à elle, n'avait pas attendu son couronnement pour suivre les conseils du vieillard aux yeux si brillants. Il lui avait suggéré de faire surveiller les ports: elle avait envoyé sur tout le littoral des espions dont la mission consistait à surveiller les allées et venues, intercepter d'éventuels messagers d'Aarkis et prendre connaissance, de préférence à leur insu, de leur destination et de leur but. Quelques jours après son sacre, la surveillance portait enfin ses fruits. Un messager arriva dans la nuit et, devant l'urgence des nouvelles qu'il apportait, le Conseiller décida de faire, sans plus attendre, venir Hans et Kéréïs dans la Salle du Trône.

   - Que se passe-t-il?, grommela le Roi.

Le messager expliqua quels étaient ses ordres et comment il avait mis la main sur les documents qu'il tendait à la Reine. Celle-ci les pris d'un air détaché, examina le sceau brisé, le reconnu pour celui d'Aarkis et se mit à lire.

   - De quoi s'agit-il?, s'enquit le Roi devant l'inquiétude qui se lisait sur le visage de Kéréïs.

Elle laissa échapper la lettre.

   - Incroyable!, murmura-t-elle. Incroyable! Réhno, tu as lu ça? Jamais je ne l'aurais cru capable de faire ça!

   - Bon, d'accord! Quelqu'un va m'expliquer ce qui se passe, oui ou non?, s'écria Hans.

   - C'est Aarkis..., répondit Kéréïs. Il a envoyé cette lettre, dans laquelle il demande de l'aide en échange d'un libre accès aux ports et d'une partie du royaume! Il inclut la ville d'Olympia dans le "cadeau"!

   - Qui peut-il appeler à son secours?, s'enquit Hans.

   - Il ne le sait pas très bien lui-même, je pense. C'est adressé au "Royaume de Kamra-Hata".

   - Jamais entendu parler!, s'exclama le Roi en se levant.

   - C'est grave!, dit-elle. Olympia a eu des démélés jadis avec Kamra-Hata. Ce qu'Aarkis semble ignorer -et ça m'étonne de lui- c'est que... c'est une femme qui règne sur ce royaume. D'ailleurs, il n'y a guerre d'hommes, là-bas, à ce qu'on dit...

   - Voilà qui devient passionnant!, dit Hans d'un air ravi.

   - Ils ne servent qu'à la reproduction et n'ont qu'une alternative: l'esclavage ou la mort!, ajouta la Reine en souriant.

   - ca, ce n'est pas drôle du tout! Mais nous n'avons aucun véritable contact avec ces... femmes, n'est-ce pas? Comment faire pour les empêcher de s'allier, Aarkis et elles?

   - Il n'a pas encore gagné la partie!, intervint Réhno. Si ce que l'on raconte est vrai, ces femmes sont originaires d'Olympia. Elles auraient quitté le royaume il y a très longtemps, à cause du vol des Armes Sacrées. Si c'est exact, elles ont toutes les raisons de refuser d'aider un Zalide!

   - Eh! J'avais oublié cette histoire!, s'écria Kéréïs. On a même dit qu'elles suivaient la femme et les filles du Roi!... Dis, Réhno, ce Roi... c'était ... Méréïs?

   - Je n'en suis pas sûr. C'est possible.

   - Alors, je vais y aller!, lança Kéréïs en se levant brusquement. Réhno, en mon absence, tu surveilleras les travaux autour d'Olympia. Je te laisserai tous les dossiers! Le temps de faire mon paquetage et je suis partie!

Hans et Réhno la suivirent du regard quand elle sortit puis se regardèrent, abasourdis.

   - J'ai comme l'impression d'être subitement devenu... inutile!, dit le Roi, écoeuré.

   - Mais, non!, lui répondit Réhno d'une voix qui se voulait rassurante. Elle prend ses responsabilités à coeur! Elle réagit en Reine!

Hans fit la moue.

   - Eh! Bien! Moi, je me demande si je ne la préférais pas avant!, maugréa-t-il.

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dimanche 9 mai 2010

3a

   Une semaine s'était écoulée depuis la sortie de Kaliba et sa rencontre avec le mystérieux vieillard. De bon matin, alors qu'il était assis dans la bibliothèque, Réhno entendit une porte claquer violemment. Aussitôt après, la voix de la princesse s'éleva. "Hans!", hurla-t-elle. "Où es-tu, espèce de vermine?". Réhno leva les yeux de son livre et se mit à sourire. La porte claqua de nouveau. Réhno se leva d'un bond et se précipita dans le couloir, à temps pour voir la princesse se diriger, d'un pas très décidé, vers la Salle du Trône. La grande porte s'ouvrit puis se referma dans un grand fracas. La Garde Royale piétinait devant elle, ne sachant que faire, et l'arrivée de Réhno soulagea les soldats. Il leur fit signe de ne pas s'inquiéter et les renvoya. Puis, il s'appuya contre la porte et y colla négligemment une oreille en riant sous cape. A l'intérieur, Kaliba invectivait Hans.

   - Tu te prends pour qui?, criait-elle. Ce n'est pas parce-que tu es le Roi que tu peux te permettre de prendre des décisions à ma place! Il est hors de question que je t'épouse et que je monte sur le Trône! Oui, j'ai l'intention de me marier, mais pas avec toi! Tu renonces, ou c'est la guerre!

   - Ca y est? Tu as fini?, demanda Hans calmement.

Kaliba se rapprocha de lui et le gifla de toutes ses forces. Le Roi bondit sur ses pieds et la frappa si violemment qu'elle perdit l'équilibre et dévala les marches la tête la première. Hans la rejoignit et se pencha au-dessus d'elle. Reprenant ses esprits, et le voyant si près, elle lui décocha un grand coup de pied dans le genou. Il chancela et la princesse se jeta sur lui. Ils continuèrent à se battre à terre. Elle griffait, mordait, frappait, donnait des coups de pieds et de tête; il essayait de l'étrangler. Réhno, qui, entretemps, était entré par une porte dérobée, regardait le spectacle d'un air toujours amusé.

   - Tu vas renoncer, oui ou non?, cria Kaliba.

   - Non! Ta place est sur le Trône!, répondit Hans. Et Aarkis est déjà marié!, ajouta-t-il, ponctuant sa phrase d'un coup de poing.

   - Je m'en fiche pas mal, de ce rat! C'est Tahl que je veux épouser!

   - Quoi? Ce minable? Jamais! Je te l'interdis!

   - Tu ne m'interdis rien du tout! Je fais ce que je veux!

   - Tu vas monter sur ce Trône, avec moi!

   - Non!

Hans immobilisa la jeune fille au sol.

   - D'accord!, dit-il. Tu épouses cet abruti... et après, tu montes sur le Trône!

   - C'est impossible!

   - Kaliba! Tu l'as dit toi-même! Nous faisons ce que nous voulons, ici, non? Alors... on passe une sorte de contrat! On règne à deux! Je vais rédiger une nouvelle loi disant que je peux faire monter qui je veux sur le Trône pour régner avec moi!... Même Réhno, tiens...

 - C'est quand tu veux!, lança l'intéressé.

Hans leva la tête et sourit au Conseiller puis il baissa les yeux vers Kaliba. Ils se regardèrent un instant et éclatèrent de rire. Le Roi se laissa tomber sur le dos, à côté de Kaliba.

   - Alors?, dit-il. C'est d'accord?

Elle lui tendit la main droite, qu'il serra très fort.

   - Ca marche!, s'exclamèrent-ils en coeur.

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