Kaliba accepta donc de régner aux côtés de Hans sur Olympia. Le Roi fit placarder dans tout le royaume des copies de la nouvelle loi ainsi que l'annonce du prochain couronnement. Quant au mariage, au grand désespoir de Tahl, il fut célébré dans la plus grande intimité, à l'intérieur même du Palais. Le sacre, lui, fut quelque peu différé: on devait attendre les Gouverneurs alliés et la famille de Kaliba. Il eut finalement lieu, plus d'un mois après le mariage, dans la Salle du Trône; à cette occasion, et donc, officiellement, la princesse, en devenant Reine, prit définitivement le nom de "Kéréïs". D'après la nouvelle loi, Hans et Kéréïs avaient exactement les mêmes droits, devoirs et pouvoirs. Cependant, ils s'étaient accordés sur le fait que l'un était plus doué pour la gestion du royaume et plus apte à commander aux armées tandis que l'autre s'y entendait plus aux problèmes sociaux, religieux et à la diplomatie. Ils n'eurent donc aucune difficulté à se répartir les tâches ou plutôt, à définir leurs domaines d'action. Il était entendu qu'ils se concerteraient et prendraient l'avis de Réhno pour chaque décision importante. Chacun avait néanmoins ses détracteurs et surtout, ses propres partisans; mais personne ne put jamais dire avec certitude dans quel "camp" se situait le Conseiller. Peut-être n'avait-il vraiment aucune préférence. Peut-être était-il satisfait de cette façon de gérer le royaume. Qui sait? Kéréïs, quant à elle, n'avait pas attendu son couronnement pour suivre les conseils du vieillard aux yeux si brillants. Il lui avait suggéré de faire surveiller les ports: elle avait envoyé sur tout le littoral des espions dont la mission consistait à surveiller les allées et venues, intercepter d'éventuels messagers d'Aarkis et prendre connaissance, de préférence à leur insu, de leur destination et de leur but. Quelques jours après son sacre, la surveillance portait enfin ses fruits. Un messager arriva dans la nuit et, devant l'urgence des nouvelles qu'il apportait, le Conseiller décida de faire, sans plus attendre, venir Hans et Kéréïs dans la Salle du Trône.

   - Que se passe-t-il?, grommela le Roi.

Le messager expliqua quels étaient ses ordres et comment il avait mis la main sur les documents qu'il tendait à la Reine. Celle-ci les pris d'un air détaché, examina le sceau brisé, le reconnu pour celui d'Aarkis et se mit à lire.

   - De quoi s'agit-il?, s'enquit le Roi devant l'inquiétude qui se lisait sur le visage de Kéréïs.

Elle laissa échapper la lettre.

   - Incroyable!, murmura-t-elle. Incroyable! Réhno, tu as lu ça? Jamais je ne l'aurais cru capable de faire ça!

   - Bon, d'accord! Quelqu'un va m'expliquer ce qui se passe, oui ou non?, s'écria Hans.

   - C'est Aarkis..., répondit Kéréïs. Il a envoyé cette lettre, dans laquelle il demande de l'aide en échange d'un libre accès aux ports et d'une partie du royaume! Il inclut la ville d'Olympia dans le "cadeau"!

   - Qui peut-il appeler à son secours?, s'enquit Hans.

   - Il ne le sait pas très bien lui-même, je pense. C'est adressé au "Royaume de Kamra-Hata".

   - Jamais entendu parler!, s'exclama le Roi en se levant.

   - C'est grave!, dit-elle. Olympia a eu des démélés jadis avec Kamra-Hata. Ce qu'Aarkis semble ignorer -et ça m'étonne de lui- c'est que... c'est une femme qui règne sur ce royaume. D'ailleurs, il n'y a guerre d'hommes, là-bas, à ce qu'on dit...

   - Voilà qui devient passionnant!, dit Hans d'un air ravi.

   - Ils ne servent qu'à la reproduction et n'ont qu'une alternative: l'esclavage ou la mort!, ajouta la Reine en souriant.

   - ca, ce n'est pas drôle du tout! Mais nous n'avons aucun véritable contact avec ces... femmes, n'est-ce pas? Comment faire pour les empêcher de s'allier, Aarkis et elles?

   - Il n'a pas encore gagné la partie!, intervint Réhno. Si ce que l'on raconte est vrai, ces femmes sont originaires d'Olympia. Elles auraient quitté le royaume il y a très longtemps, à cause du vol des Armes Sacrées. Si c'est exact, elles ont toutes les raisons de refuser d'aider un Zalide!

   - Eh! J'avais oublié cette histoire!, s'écria Kéréïs. On a même dit qu'elles suivaient la femme et les filles du Roi!... Dis, Réhno, ce Roi... c'était ... Méréïs?

   - Je n'en suis pas sûr. C'est possible.

   - Alors, je vais y aller!, lança Kéréïs en se levant brusquement. Réhno, en mon absence, tu surveilleras les travaux autour d'Olympia. Je te laisserai tous les dossiers! Le temps de faire mon paquetage et je suis partie!

Hans et Réhno la suivirent du regard quand elle sortit puis se regardèrent, abasourdis.

   - J'ai comme l'impression d'être subitement devenu... inutile!, dit le Roi, écoeuré.

   - Mais, non!, lui répondit Réhno d'une voix qui se voulait rassurante. Elle prend ses responsabilités à coeur! Elle réagit en Reine!

Hans fit la moue.

   - Eh! Bien! Moi, je me demande si je ne la préférais pas avant!, maugréa-t-il.

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