Quelques temps plus tard, du côté de Zalis, Aarkis présidait un conseil de guerre.

   - Je ne comprends pas!, s'exclama-t-il soudain en tapant du poing sur la table. C'est le troisième messager que nous leur envoyons et aucun ne revient! Les hérauts ont pourtant un caractère sacré! Même Hans n'y touche pas!

Un de ses généraux sollicita la permission de parler. Aarkis tourna la tête vers lui.

   - Peut-être ce que l'on raconte sur Kamra-Hata est-il vrai?

   - Quoi? Que c'est un peuple de femmes, dirigé par une Reine? C'est d'un ridicule! C'est comme ces légendes qu'on racontait sur les Nomades! Vous vous en souvenez? On disait qu'ils avaient la peau bleue et ainsi de suite... Eh! Bien! Ils sont faits comme vous et moi! Oublions Kamra-Hata pour l'instant! Si ces gens refusent de nous aider, tant pis pour eux! Général Akan, où en sont les pourparlers avec Eskéron?

L'interpelé ouvrit un dossier un dossier posé devant lui et le tendit à Aarkis.

   - Comme Son Altesse peut le voir, certains Princes sont prêts à nous soutenir mais le Territoire Interdit reste un obstacle.

   - Comment ça? Il n'y a aucun passage?

   - Aucun! Olympia a été créé ainsi par les Dieux: le Territoire Interdit borde nos frontières. Dès les montagnes franchies, c'est la mort assurée!

Aarkis se leva, furieux.

   - Et comment savoir si c'est vrai?, hurla-t-il sous le regard incrédule de ses généraux. Personne n'a encore essayé de le traverser, que je sache!

   - Mais, les Dieux...

   - Quoi, "les Dieux"? Ils ont quitté Olympia, non? Envoyez un message aux Princes d'Eskéron! Dites-leur qu'ils peuvent traverser sans crainte!

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   - Réhno, ce n'est pas sorcier! Tout est dans les dossiers!, expliquait Kéréïs.

   - Pourquoi avoir envoyé ces gens dans les montagnes?, demanda le Conseiller.

   - Ils sont partis, avec une escorte et des chariots vides; ils vont ramener du bois de construction et du bois de chauffage. Si on suit les plans que j'ai faits, il y aura de quoi bâtir un nombre suffisant de maisons pour abriter tous ces réfugiés. Ils feront tout eux-mêmes, à l'extérieur des remparts, en contrepartie, nous leur fournirons des vivres jusqu'à leur première récolte après quoi, ils participeront activement à la reconstruction des réserves.

   - Et si l'armée d'Aarkis arrivait jusqu'ici, où iraient ces gens?

   - Ici même! A l'intérieur des remparts! Pour l'instant, veille à la construction et... au rationnement de la nourriture.

   - Tu pars tout de suite?, s'enquit Réhno.

   - Oui!, répliqua Kéréïs en se saisissant d'un sac posé à ses pieds. Une fois sur la côte, il me faudra trouver un bateau puis traverser les flots, parler à la Reine de Kamra-Hata et revenir au plus vite!

   - Combien de gardes emmènes-tu?

   - Seulement deux. Inutile d'attirer l'attention sur une impressionnante escorte. De plus, pour leur sécurité et la mienne, ils m'attendront au port... sur ce rivage.

   - Tu ne peux pas te présenter là-bas seule!

   - J'emmène deux esclaves. Des femmes. Je les libèrerai avant mon retour; qui sait? Peut-être la Reine de Kamra-Hata appréciera-t-elle ce geste?

Réhno fronça les sourcils mais s'abstint de répondre. Kéréïs posa une main sur son épaule et disparut sans un "au revoir". Malgré les apparences, ce long voyage la terrifiait. Elle ne savait pas où elle allait, ni ce qu'elle allait trouver, ni combien de temps cela durerait. Tant de choses pouvaient se passer pendant son absence. Hans, Réhno, Oméga et Cosmo sous le même toit; Aarkis, marié à Zhira; les armées prêtes au combat; et elle-même hors des limites du royaume, à la rencontre d'un peuple peut-être hostile... Elle imaginait le pire. Si cela se produisait, elle y serait préparée. Si tout se passait bien, alors, tant mieux. Ce n'était pas tant les habitantes de Kamra-Hata que la traversée qui l'inquiétait. Elle n'avait jamais vu de bateau et se demandait comment un gros morceau de bois pouvait flotter quand il transportait quantité de personnes et de matériel ou quand la mer se déchaînait. Bien sûr, elle savait nager; Axis lui avait appris, dans la rivière. Et elle avait déjà elle-même construit de petites embarcations, mais elles coulaient à pic au moindre souffle de vent!

La vue du port d'Aekélion calma quelque peu ses angoisses. L'immense rade abritait de véritables villes flottantes et une foule bigarrée envahissait les rues. Kéréïs choisit de s'asseoir et d'observer ces gens, dont beaucoup venaient d'autres royaumes. Elle envoya ses esclaves s'enquérir des destinations des bateaux et négocier leur transport jusqu'à Kamra-Hata.

   - Madame!, l'appela un des gardes. Vous voyez ce bateau?, demanda-t-il en pointant son index.

   - Cette "forteresse" toute décorée?

   - Oui, celui-là... c'est le vôtre!, ajouta-t-il tout bas.

   - Non!

   - Si!... Pardonnez mon indiscrétion, mais... pourquoi ne pas vous en servir?

   - A votre avis, pourquoi vous ai-je demandé de taire mon nom et de m'appeler "Madame"?

   - Pour que l'on ne sache pas qui vous êtes!

   - Gagné! Tu crois que se je montais là-dessus, on ne saurait pas très vite qui je suis et où je vais?

Le garde baissa la tête d'un air piteux. Les esclaves revinrent alors avec de bonnes nouvelles.

   - Nous avons trouvé un bateau de Kamra-Hata qui appareille dans deux heures. Elles acceptent de nous prendre pour la traversée.

   - Quand sera-t-on là-bas?, demanda Kéréïs.

   - Demain en milieu de journée. Ce n'est pas si loin.

   - Le Palais de leur Reine se trouve loin de l'endroit où elles vont nous débarquer?

   - Non. Kamra-Hata est une île. Un morceau de terre qui flotte sur la mer. Ce n'est pas très grand, parait-il.

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