- Kéréïs, reine d'Olympia, nous sommes ravies de faire votre connaissance.

   - Reine Adriana, tout le plaisir est pour moi!

Kéréïs fut invitée à s'asseoir puis on lui présenta un plateau portant plusieurs coupes. Elle en prit une et la porta à ses lèvres.

   - Ainsi donc, reprit Adriana, Olympia a une Reine!

   - Et un Roi!, ajouta Kéréïs.

   - Oh! Les hommes y règnent toujours en maîtres incontestés! C'est donc votre époux qui vous envoie?

   - Absolument pas! Mon époux est seulement capitaine de la Garde Royale...

   - Je ne comprends pas! Etes-vous reine ou non?

   - Je le suis!, répondit Kéréïs entre deux éclats de rire. J'ai été sacrée reine et je partage le trône avec un roi. Une sorte de ...contrat moral... deux têtes sous la même couronne, si vous préférez!

Adriana paraissait de plus en plus intriguée et il en allait de même pour son entourage.

   - Mais, quels sont vos droits?...Je veux dire, que vous laisse-t-il faire?, s'enquit l'une des princesses.

   - J'ai exactement les mêmes pouvoirs que lui!

   - Tous les pouvoirs?, s'exclamèrent en coeur plusieurs personnes.

   - Tous!, répondit Kéréïs, très fière de son effet.

La Salle du Trône semblait s'être embrasée. Toutes commentaient cette étonnante nouvelle.

   - Silence!, ordonne la Reine. Silence! Evacuez la pièce! Nous avons à parler!

Toutes s'exécutèrent, sans un mot, à l'exception des deux filles d'Adriana et d'une femme qui semblait être l'équivalent féminin d'un Conseiller. Kéréïs se sentit subitement mal à l'aise. Jusque là, tout s'était, à peu près, bien passé. Maintenant, il fallait faire preuve de tact et tout mettre en oeuvre pour qu'Adriana ne se rallie pas à Aarkis. Quatre paires d'yeux la fixaient et la jaugeaient. La reine fut la première à parler.

   - Dites-moi quelque chose avant que nous n'en venions au but de votre visite: ces deux femmes qui vous accompagnent, sont-elles des esclaves?

   - Oui.

   - Tenir une femme en esclavage est un crime à Kamra-Hata, le saviez-vous?

   - A vrai dire, j'y avais songé, répondit Kéréïs d'un ton détaché. Et c'est pourquoi j'ai emmené ces deux femmes avec moi, car, depuis longtemps, elles souhaitaient recouvrer leur liberté, or, à Olympia, cela est impossible.

   - A cause de vos lois!, lança une princesse.

   - Non. A cause de la mentalité des gens. Ces femmes sont marquées dans leur chair: où qu'elles aillent, on les traitera en esclaves... si on ne les tue pas! J'ai pensé qu'ici, elles seraient à la fois libres et en sécurité.

La Reine et la "Conseillère" échangèrent un rapide coup d'oeil.

   - Votre geste vous honore, reprit Adriana. Mais pourquoi n'en avoir emmené que deux?

"Oh! Un piège!", plaisanta mentalement Kéréïs pour se détendre avant de répondre.

   - Je suis partie assez vite du Palais et j'ai pris avec moi celles qui en avaient manifesté le désir!, dit-elle.

Nouvel échange de regards entre Adriana et la "Conseillère". Cette fois, ce fut cette dernière qui s'adressa à Kéréïs.

   - Qu'attendez-vous donc de Kamra-Hata?, demanda-t-elle.

Kéréïs se redressa sur ses coussins et s'éclaircit la voix.

   - Franchement, je voulais seulement vous demander de ne pas intervenir dans la Guerre Civile que nous traversons.

   - Que nous offrez-vous en échange, pour que nous n'aidions pas votre adversaire?

  - Soris!, s'exclama la Reine.

La "Conseillère" ainsi rappelée à l'ordre recula de quelques pas et se tint désormais silencieuse.

   - Le problème est que trop de rumeurs circulent à votre sujet, reprit Adriana. Certaines personnes disent que vous retenez en otage la famille de l'épouse d'Aarkis, d'autres prétendent que vous auriez retrouvé les Armes Sacrées. Qu'avez-vous à répondre à cela?

Kéréïs haussa les épaules.

   - Faux. Vrai.

   - Comment ça, "faux, vrai"?

   - La première "rumeur" est fausse. La seconde est fondée!

   - Si la première n'est qu'invention, que fait l'ancien roi, Oméga, à Olympia?

   - Il est auprès de sa fille!

   - Mais sa fille est avec Aarkis!, s'écria Adriana.

   - Sa fille est devant vous!, rétorqua Kéréïs. Et je peux le prouver!

   - Alors, prouvez-le!

Kéréïs sourit méchamment puis se pencha vers Adriana.

   - Seul le Devin pourra reconnaitre la preuve! Pourquoi ne pas l'envoyer chercher?

La Reine de Kamra-Hata resta bouche bée pendant de longues minutes et dut fournir un effort considérable pour se ressaisir.

   - De quoi parlez-vous?, bredouilla-t-elle une fois revenue de sa surprise.

   - Elle parle de moi!, lui répondit une voix masculine dont le propriétaire ne tarda pas à apparaitre.

   -Kaerion, êtes-vous devenu fou?

   - Non, Adriana. Les Dieux m'avaient prévenu de son arrivée. Mais je dois encore m'assurer de son identité. Venez, ajouta-t-il à l'adresse de Kéréïs.

Celle-ci se leva d'un bond et suivit le Devin jusqu'à une pièce adjacente dont l'entrée était masquée par d'épaisses tentures. Le "confident" des Dieux demanda alors à la jeune fille de relever ses manches, puis il examina avec soin le curieux bracelet que les Dieux lui avaient donné. Satisfait, il sourit aimablement.

    - Je vais faire en sorte qu'Adriana vous traite avec le respect qui vous est dû!, dit-il enfin. Mais... où est l'autre? Savez-vous qui le porte?

   - Oui. Le Roi d'Olympia.

   - Le fameux Hans! Et les Armes Sacrées?

   - Sous bonne garde et prêtes pour la cérémonie! Mais j'ai besoin de vous pour cela.

   - Je ferai tout mon possible pour vous aider!

   - Alors, commencez par convaincre Adriana d'assister avec vous à cette cérémonie. Une fois à Olympia, vous pourrez m'aider.

   - Considérez que c'est fait! Maintenant, rejoignons-les.

Kaerion tint sa promesse et Kéréïs fut installée dans de luxueux appartements. On lui promit un esclave pour compenser la perte des ses servantes. Comme elle revenait d'une visite guidée du Palais, elle eut la surprise de trouver le jeune Hakim devant sa porte. Elle n'avait pas vraiment fait attention à lui, lors de leur première rencontre, et elle s'aperçut qu'elle avait affaire à un homme d'une grande beauté. L'idée de l'avoir en permanence à ses côtés pendant tout son séjour la fit frissonner. "S'il s'approche trop près de moi, je pourrais bien oublier que je suis mariée!", se dit-elle en le voyant sourire. Et quelques heures plus tard, alors qu'elle se préparait à se coucher, il entra dans la chambre et déposa, aux pieds du lit, un épais tapis et des coussins.

   - Que faites-vous là?, lui demanda-t-elle, intriguée.

   - Je prépare mon lit, Votre Altesse. Avez-vous besoin de quelque chose?

   - Vous allez dormir ici, dans ma chambre?

   - Vous ne voulez pas de moi?, s'exclama-t-il d'un air inquiet.

"Il ne manquait plus que ça!", se dit Kéréïs. "Comment une femme normalement constituée pourrait ne pas vouloir de lui?"

   - ... Je crois que... c'est juste que... je ne suis pas vraiment habituée à vos coutumes, vos comprenez?

   - Pardonnez-moi!... Puis-je prendre vos vêtements?

Kéréïs écarquilla les yeux.

   - Non, merci, ça ira!, répondit-elle précipitamment. Bonne nuit, Hakim!

   - Bonne nuit, Votre Altesse.

"Par les Douze Dieux d'Olympia! Encore une semaine! Toute une longue semaine à supporter ça stoïquement!"

 

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