Kéréïs était assise au chevet de Réhno lorsqu'on vint la prévenir de l'arrivée de plusieurs "visiteurs". Elle alla à leur rencontre. Son visage était fermé et elle dut se forcer pour les accueillir aimablement. Le vieil homme qui ouvrait la marche la salua d'un geste et demanda à voir les blessés.

   - Qui est-ce?, demanda le médecin du Palais.

   - C'est le médecin personnel du Roi des Nomades, répondit-elle machinalement. Bonjour, Nériin!, ajouta-t-elle à l'adresse du père de Hans. Venez avec moi, tous les quatre.

   - Ces deux hommes, dit Ramis, le médecin de Nériin, sont des experts dans le domaine des plantes et des poisons que l'on peut en tirer. Ils nous seront sûrement d'un grand secours.

   - Je l'espère, dit Kéréïs sans les regarder.

Les médecins se mirent alors à examiner les malades et leurs blessures tandis que les deux "experts" se faisaient remettre les armes utilisées. Kéréïs et Nériin se tenaient debout près du lit de Hans. Le vieil homme le regardait fixement.

   - C'est... mon fils?, demanda-t-il.

Kéréïs acquiesça d'un signe de tête. Elle non plus ne pouvait le quitter des yeux.

   - Il ressemble quand même beaucoup sa mère...

   - Oh! Ca!, dit Kéréïs en esquissant un sourire, c'est parce-qu'il dort et qu'il a l'air inoffensif!

   - Si seulement je n'avais pas écouté ce prêtre...

   - Son destin était tracé! D'une manière ou d'une autre, il serait parvenu à monter sur le trône d'Olympia!

   - A-t-il ... changé... ses habitudes... depuis que vous m'avez parlé de lui, à mon campement?

La voix de Nériin tremblait, de même que la main dans laquelle il prit celle de son fils.

   - Pour autant que je sache, répondit Kéréïs, il n'a tué personne depuis mon retour, il y a trois ans... Vous ne le savez pas, mais il m'a sauvé la vie, plus d'une fois, et il a toujours veillé sur moi, comme Lori le lui avait demandé, même s'il a eu, parfois, des envies de meurtre tout à fait compréhensibles!

   - Pourquoi devait-il vous protéger, vous, en particulier?

   - Pour la même raison qui a poussé Lori à épargner sa vie: je porte la même marque de naissance que lui. Vous aviez raison, Lori n'aimait pas du tout les Grands Prêtres et il a tout fait pour les contrer. Il l'a payé de sa vie et... Hans, en le vengeant, a accompli une partie de la Prophétie.

   - Si j'avais su...

   - Vous ne pouviez pas le savoir! Seuls les Grands Prêtres connaissaient les termes exacts de la Prophétie. Lori n'a su ce qu'il avait fait qu'une fois ordonné et admis au Palais!

   - Il me hait, n'est-ce pas?, demanda Nériin. C'est normal, après tout...

Kéréïs sourit et posa amicalement sa main sur le bras du vieux roi.

   - Oui, c'est normal qu'il vous en veuille mais je crois qu'après l'épreuve qu'il endure, il verra les choses sous un nouveau jour... Du moins, je l'espère.

Derrière eux, les médecins et les herboristes travaillaient avec acharnement. Ces derniers avaient concocté des cataplasmes qui devaient, dans un premier temps, nettoyer les plaies du mieux possible. Il leur faudrait sûrement encore du temps avant de mettre au point un antidote efficace, le poison utilisé n'ayant pas été identifié avec certitude.

Kéréïs aurait volontiers participé aux recherches mais elle avait sa propre mission à accomplir: démasquer l'espion d'Eskéron afin d'éviter qu'il ne nuise à nouveau. Elle savait que Tahl avait obéi à un ordre, mais également qu'il était au Palais depuis trop longtemps pour être l'espion qu'elle cherchait, et puisque celui-ci vivait au Palais depuis peu, il ne pouvait être que dans l'entourage de ses parents ou de son frère. La remarque qu'Oméga avait faite, devant elle, à Cosmo au sujet de son "intrigante" de femme lui revint en mémoire et elle envoya deux gardes chercher son frère afin qu'elle puisse l'interroger dans une pièce tranquille. Elle le reçut dans l'ancienne Salle de Réunion des Prêtres. Kéréïs l'invita à s'asseoir dès son arrivée, elle-même ayant pris place dans le fauteuil autrefois réservé au Grand Prêtre de Zeus.

   - Cosmo, lui dit-elle d'une voix douce, je sais que tu n'as pas désiré ce qui est arrivé à Réhno et à Hans. Et je sais aussi que tu n'as jamais réellement souhaité monter sur le trône d'Olympia. Alors, si tu voulais bien m'expliquer pourquoi cela s'est produit... et me dire qui en est à l'origine, j'oublierais volontiers ton rôle dans cette affaire.

   - L'idée de régner m'est venue petit à petit, toute seule, dit-il d'un air navré.

   - Cosmo! Mon petit Cosmo! Je suis absolument sûre que tu as été manipulé et trompé. Quelqu'un t'aura complimenté sur tes idées, et t'aura convaincu que tu étais le meilleur roi possible pour Olympia... et le plus légitime... Qui t'a poussé à les chasser? Comment mon mari s'est-il retrouvé mêlé à ça?

Cosmo se leva et alla s'asseoir plus près de sa soeur.

   - Tahl est venu me trouver de lui-même, reprit-il. Il m'avait dit, avant de partir combattre, que si Hans et Réhno étaient chassés, toi et lui quitteriez la ville et que le trône me reviendrait.

   - Tahl commandait la Garde Royale: tu n'as pas eu peur que cela soit un piège?

A ces mots, Cosmo comprit où elle voulait en venir et sut qu'elle avait raison. Il pâlit et se mit à bredouiller.

   - Par tous les Dieux! C'est... c'est ...Lia?

   - Ta femme? Qu'a-t-elle à voir là-dedans?

   - Elle m'a dit qu'elle et Tahl venaient de la même cité, qu'elle le connaissait et qu'il disait la vérité!

   - Ta femme?, répéta Kéréïs sur un ton plus sec.

   - Depuis que nous sommes à Olympia, elle dénigre sans arrêt Hans et Réhno. Et toi aussi. Quand ils sont partis se battre, elle m'a dit que ... toi et...

   - Epargne-moi les rumeurs sur ma vie privée! Je la connais mieux que personne!

   - Pardon! Tu avais raison: elle me disait sans cesse que vous meniez le royaume à sa ruine et je suppose que j'ai fini par le croire.

   - Es-tu conscient que je vais devoir...

   - ... nous punir? Oui...

   - Non, Cosmo! LA punir!

Cosmo poussa malgré lui un soupir de soulagement.

   - Que vas-tu lui faire?, demanda-t-il.

   - Je ne sais pas encore, mais ça dissuadera les autres espions qui trainent ici. En attendant que j'aie trouvé, tu la surveilleras de près. Je ne veux pas la mettre aux arrêts; je préfère lui faire la surprise... juste au moment où elle se sentira le plus en sécurité...

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