Le jour suivant l'attentat, Kéréïs convoqua son père et Nériin dans la Salle du Trône. Il fallait prendre un décision et il fallait le faire vite.

   - J'ai bien réfléchi, leur dit-elle. J'y ai pensé toute la nuit; j'ai pesé le pour et le contre et je ne vois aucune autre solution... du moins, aucune qui soit aussi satisfaisante. Père, j'aimerais que vous me secondiez en reprenant les dossiers à traiter en urgence: il s'agit d'affaire courantes dont Réhno s'occupait... avant... Bref! Nériin, je souhaiterais que vous et votre Conseil des Sages acceptiez de me guider quant aux armées: je ne connais strictement rien à "l'art de la guerre"! Avez-vous besoin de temps pour réfléchir?

   - En ce qui me concerne, répondit Oméga, je suis d'accord. Et je suis prêt à commencer tout de suite!

   - Parfait! Nériin?

   - Il y a une chose que je voudrais savoir avant de donner ma réponse...

   - Je vous écoute!

   - Est-il vrai que les guerriers d'Eskéron vont se joindre aux Zalides et... traverser le Territoire Interdit?

   - C'est exact! Mais si vous avez encore des doutes, deux princesses de ce royaume seront ici d'un jour à l'autre et vous le confirmeront.

   - Pourquoi les accueillir?, demanda Oméga.

   - Elles ont abandonné leur royaume, leurs biens et leurs maris à cause de cela et elles nous ont prévenu du danger. C'est suffisant à mes yeux pour les inviter à la cérémonie. D'autres questions?

   - Non, répondit Nériin. Puisque l'ennemi défie les Dieux, nous devons conjuguer nos forces et nos savoirs respectifs pour le repousser et le châtier! Envoyez vos généraux à notre campement, nous aviserons avec eux!

   - Parfait! Je vais voir où en sont les médecins! Père, suivez-moi, je vous donnerai les dossiers de Réhno.

Ils quittèrent la pièce ensemble et se séparèrent dans le couloir. Ils n'avaient parcouru que quelques mètres lorsque Kéréïs pria son père de l'attendre et courut rejoindre Nériin.

   - Attendez! J'ai une question à vous poser, moi aussi!, s'écria-t-elle.

   - Qu'y a-t-il?

   - Supposez que les gardes qui ont attenté à la vie de votre fils aient agi sur l'ordre de quelqu'un et que vous sachiez qui est cette personne, que lui feriez-vous, d'après vos loi?

   - Vous voulez vraiment le savoir?, s'étonna Nériin.

   - Oui! Oui! J'y tiens énormément!

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   A peu près une semaine après l'attentat contre Hans, la reine de Kamra-Hata faisait son entrée à Olympia. Elle voyageait non pas à cheval mais dans une sorte de charriot couvert, de grandes dimensions, décoré de plaques de métaux précieux et sur lequel on avait tendu quantité de draperies fines. Avertie de son arrivée, Kéréïs l'attendait de pied ferme devant la porte du Palais. La fille d'Adriana et les princesses d'Eskéron chevauchaient en tête du petit cortège et elles furent les premières à mettre pied à terre et à voir le "trophée" de Kéréïs. Lorsqu'Adriana, aidée par Kaerion et un esclave, descendit de son charriot et qu'elle l'aperçut à son tour, son sang se figea dans ses veines. Les princesses l'entourèrent aussitôt.

   - Qu'est-ce que c'est?, leur demanda-t-elle en s'efforçant de ne pas regarder.

   - Je crois, lui répondit Sonia, que c'est la façon qu'a la reine de faire savoir qu'elle a trouvé l'espion et que c'est le sort qu'elle leur réserve à tous.

   - Les rapports que nous avons reçus sur elle ne permettaient pas de penser qu'elle serait capable de.. de.. ça!

   - Majesté!, appela Léna. Majesté! Cette... ce...

   - C'est la nièce du Prince Faris!, termina Marissa. Elle avait disparu assez mystérieusement d'Eskéron... maintenant, on sait pourquoi!

Kéréïs descendit quelques marches à leur rencontre.

   - Qu'en dites-vous?, leur lança-t-elle en désignant la tête de Lia. Ca donne à réfléchir, non? C'est ... une coutume chez les Nomades de punir ainsi ceux qui ont attenté à la vie du Roi!

   - Vous devriez quand même lui faire des funérailles, non?, répondit Adriana.

   - J'y penserai quand Hans sera de nouveau sur pieds!

Kéréïs les conduisit elle-même aux appartements qu'elle leur avait réservés, au deuxième étage. Après un aussi long voyage, elles avaient sûrement besoin de se rafraîchir et de se reposer. Lorsqu'elle prit congé, Marissa la suivit, mue par la curiosité.

   - Est-ce vrai, ce que l'on raconte sur le Roi?, demanda-t-elle. Qu'il s'est battu, avec ses troupes, et qu'il a, à lui seul, tué plus de cent guerriers ennemis?   

   - Il s'est battu, c'est sûr!, lui dit Kéréïs en riant. Et il était certainement au plus fort de la bataille! Mais quant au nombre de guerriers auxquels il aurait fait rendre leur dernier souffle, je ne peux vous le confirmer! Malheureusement, il a été attaqué sitôt revenu au Palais et je n'ai pas eu le loisir d'entendre son propre récit!

   - Oui, c'est bien dommage! Je suis sûre que c'est un guerrier exceptionnel!... Je voulais vous dire autre chose, ajouta-t-elle plus bas. L'espionne, c'était une belle prise! C'était la nièce de l'un des trois plus puissants princes d'Eskéron!

   - Mmm! J'aurais aimé que vous rencontriez mon mari! Il venait de là-bas, lui aussi... J'aurais ainsi pu savoir qui j'ai tué!

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