Kéréïs dormait profondément, recroquevillée sur un canapé, lorsqu'elle fut tirée de son sommeil par la voix de Hans. Elle se leva tant bien que mal et s'approcha du lit. Elle avait passé la nuit dans la chambre du Roi, juste au cas où il aurait eu besoin de quelque chose. Lui n'avait pas fermé l'oeil, essayant de comprendre ce qui l'avait poussée à rester stoïquement à son chevet pendant deux jours et trois nuits.

   - Comment te sens-tu?, lui demanda-t-elle.

   - Comme si j'avais été piétiné par une armée à cheval!... Pourquoi es-tu restée ici? J'ai beau y réfléchir, je ne parviens pas à trouver une bonne raison à ce geste...

   - Il n'y avait aucune bonne raison!, répondit Kéréïs en souriant. C'était purement égoïste...

   - Je le savais!, marmonna-t-il.

   - J'ai beaucoup de dettes envers toi te je déteste ça, mais d'un autre côté, il fallait bien que je fasse quelque chose! C'est vrai! Le Palais serait vide, sans toi... Je ne voulais pas que ... tu...

   - Et tu as laissé ce pauvre Hakim tout seul?

   - Il n'est plus au Palais! J'ai cru comprendre que sa présence te dérangeait...

Hans se mit à rire doucement.

   - Qu'aurais-tu fait, si j'étais...mort?, demanda-t-il soudain.

   - J'aurais abdiqué!, répondit-elle en soupirant.

   - Quoi?

   - Qu'aurais-je pu faire d'autre?, s'écria-t-elle. Cela aurait été la seule solution! Je rendais le trône à mon père, Aarkis perdait presque toute son armée et la Guerre Civile prenait fin sans effusion de sang! Ou si peu! Et après, Réhno et moi, nous serions repartis vivre dans les montagnes, loin de tout...

   - Tu penses vraiment ce que tu dis?

   - Je le pensais quand tu étais mourant!... Hans, j'ai besoin de toi...

   - Pour la cérémonie, je sais!

   - Non! Non! C'est secondaire, ça! Je ne sais pas comment te l'expliquer... c'est... c'est comme si nous étions liés par autre chose que cette marque de naissance...

   - Eh! Là! Fais attention à ce que tu vas dire!

   - Ne t'inquiète pas! Je ne pense pas à...à...Enfin, bref! Quand je suis partie à la Sentinelle du Désert, j'ai emmené les pages du journal qui te concernaient pour me protéger, c'est certain, mais aussi pour garder une sorte de contact... pareil pour ta médaille! Cela n'a rien à voir avec des...sentiments... c'est... oui, comme si on était les deux "côtés" de la même personne... tu vois ce que je veux dire?

   - Je crois, oui...

   - Tu vois, j'ai partagé beaucoup de choses avec Réhno, mais je crois que j'en ai partagé encore plus avec toi! Ne serait-ce que parce-que nous détestons les mêmes personnes.

   - Je crois que j'ai saisi!... Sans le vouloir, et sans que l'on puisse y changer quoi que ce soit, nous pensons les mêmes choses, nous arrivons aux mêmes conclusions et par le même cheminement, c'est ça?

   - Ca me parait une très bonne explication!

   - Je ne sais pas comment tu te sens, mais, moi, ça m'a donné un de ces maux de crâne, de réfléchir!

Kéréïs sourit et se mit à bâiller.

   - Il te faut encore du repos, lui dit-elle. Et à moi également! Je reviendrai te voir dans quelques heures!

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