L'armée d'Adriana, séparée en deux corps lors du débarquement, faisait route vers le nord en suivant les montagnes. Il avait été convenu que les troupes qui étaient à l'ouest surveilleraient l'organisation des rebelles jusqu'à leur départ vers Olympia puis rejoindraient l'autre groupe, au nord, une fois que les armées d'Eskéron seraient arrivées. Puisqu'il était impossible d'empêcher les princes de franchir le Territoire Interdit, Kéréïs et Adriana avaient décidé qu'ils devraient payer ce geste et que l'armée de Kamra-Hata leur couperait le chemin du retour. Très bien entrainées et surtout, fraîches et disposes, les guerrières n'auraient aucun mal à anéantir une armée qui venait de livrer bataille et de faire un si long voyage! Quelle que soit l'issue de la guerre, les princes d'Eskéron ne reverraient jamais leur patrie.

   De leur côté, les Nomades, sur l'ordre de Nériin, ayant mis les femmes, les enfants et les vieillards à l'abri, établirent dans le désert, des camps qu'aucune armée n'aurait pu déceler. Leur mission était encore vague, mais ils disposèrent leurs troupes, auxquelles s'étaient joints des soldats d'Olympia, comme Nériin le leur avait demandé: une partie au sud de la ville, suffisamment éloignée pour que l'on ne soupçonne même pas sa présence; une autre partie au nord-est de la ville, une troisième au nord-est du royaume et la dernière, au sud-ouest de Dendra.

Kéréïs, elle, avait fait revenir toutes ses troupes à Olympia et attendait qu'Aarkis quitte Zalis pour éloigner tous les civils et les envoyer se mettre à l'abri loin de sa cité. Hans, qui reprenait chaque jour plus de forces, voulait garder le contrôle de son armée et fit appeler Kéréïs pour lui exposer son plan.

   - Regarde!, dit-il en lui montrant un croquis. Ca, c'est Olympia, d'accord? Tu disposes la plus grande partie de l'armée, ici, à l'est et au sud, pas trop loin de la ville, de sorte qu'elle puisse intervenir rapidement, tu me suis?

   - Oui, oui!

   - Bon! Je passe à la ville-même: tu mets toute la garde du Palais en alerte et dès que les civils ont été évacués, tu les fais remplacer par la partie de nos troupes que tu as conservée ici. De cette façon, Aarkis et ses amis entreront en vainqueurs dans une ville, apparemment, bien disposée à leur égard...

   - Tu veux qu'on les laisse entrer?

   - Oui! Les soldats seront déguisés en civils mais armés. Aarkis pensera que c'est gagné d'avance et qu'il ne risque rien! Et que fera-t-il?

   - Il viendra directement ici, au Palais...

   - Exact! Il est trop vaniteux pour se méfier... surtout si la "population" l'acclame sur son passage!

   - D'accord, mais son armée va le suivre!

   - Justement! Et on va leur réserver un petite surprise! Il faudra placer près des portes, des hommes prêts à les refermer à un signal qui leur indiquera qu'Aarkis est dans l'enceinte du Palais. Ces hommes devront créer une diversion et fermer simultanément les portes de la ville et celles du Palais!

   - Aarkis sera pris au piège ici, une partie de son armée sera dans la cité, aux prises avec notre armée et ceux qui se retrouveront dehors assiègeront la ville...

   - Sauf si nos troupes, à l'extérieur, se mettent en marche dès la fermeture des portes! L'effet de surprise jouera un grand rôle, il ne faudra rien négliger!

   - Et si Aarkis n'est pas à la tête de son armée?

Hans éclata de rire. Ses yeux brillaient d'une lueur mauvaise.

   - Nous ferons en sorte qu'il y soit! Dès que ses troupes seront en vue, envoie un héraut lui annoncer que je suis mort quelques heures auparavant et que tu renonces à régner. Les espions qu'il pourrait avoir encore ici n'auront pas le temps de le prévenir! Et il fera une entrée... triomphale!

   - Seul un esprit retors comme le tien pouvait concevoir un tel plan!

   - Merci! C'est trop!, plaisanta le Roi. Au fait, personne n'a su me répondre: ce médecin, là, Ramis, d'où sort-il?

   - Ramis? C'est un excellent médecin, n'est-ce pas? Il...il est Nomade, je crois...

   - Me cacherais-tu quelque chose?, demanda Hans, menaçant.

   - Moi?, s'écria Kéréïs en prenant un air étonné. Oh! Jamais! Comment le pourrais-je?

   - Kéréïs?

   - Hans?... Bon, d'accord! J'avoue! Mais tu n'as pas de quoi te fâcher! Quelqu'un de bien intentionné m'a prévenue de me méfier d'Adriana, alors, comme son armée est en ce moment dans notre royaume, j'ai sollicité l'aide des Nomades...

   - Je croyais que nos guerres ne les concernaient pas?, s'étonna Hans.

   - Ils se moquent complètement des Guerres Civiles, mais là, le danger vient de l'extérieur du Royaume! Leurs guerriers se sont postés de façon à intercepter l'armée de Kamra-Hata si l'envie la prenait de faire un détour par Olympia!

   - Bonne initiative! Tu n'as rien d'autre à me dire?

   - N...non. Je ne vois rien d'autre...

   - Où sont les chefs des Nomades? Où est leur Roi?

   - Ici..., répondit Kéréïs en baissant la tête d'un air coupable.

   - "IL" est ici?, s'écria Hans d'une voix tonitruante.

   - Oui! Et Ramis est son médecin personnel! Et toute sa tribu est à Olympia depuis que je suis revenue de Kamra-Hata! Et les herboristes qui ont trouvé l'antidote font partie de sa tribu! Et c'est grâce à eux que tu es en vie! Voilà!

   - Tu parles! Il a dû prier les Douze Dieux pour que j'y reste, oui!

   - C'est faux! Il est resté à ton chevet jusqu'à ce que tu reprennes connaissance, la première fois! Il a fallu que je lui fasse un récit détaillé de ta vie et de celle de Lori! Il t'a tenu la main pendant des heures et, lorsque tu t'es réveillé, il a eu peur de ta réaction, alors il attendait dans la pièce d'à côté ou montait prendre de tes nouvelles toutes les heures ou presque!

   - Tu ne t'attends pas à ce que je le pardonne? Eh! Bien! J'espère que tu es patiente! Ca risque d'être très long!

   - Ca m'est égal, que tu lui en veuilles ou non, si tu veux savoir! Si j'étais toi, j'écouterais au moins ce qu'il a à dire pour sa défense!

   - Mais tu n'es pas moi! Et lui n'est rien pour moi! La seule personne qui se soit comportée avec moi comme un père, c'est Lori!

   - Eh! Bien! Tiens! Voilà! Vous avez un point commun, lui et toi! Vous aimiez tous les deux Lori!

   - Quoi?

   - C'était son frère!, lança-t-elle en quittant la pièce.

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