- C'est absolument ridicule! Grotesque!...Suicidaire!, criait Adriana.

La Reine de Kamra-Hata venait, comme Nériin, Réhno, Oméga et quelques généraux, d'entendre les grandes lignes du plan élaboré par Hans et à part elle, personne ne songea à les critiquer à haute voix. Ce plan leur semblait tout de même désespéré.

   - Si vous avez l'intention de suivre ce plan, je quitte Olympia aujourd'hui même! Je ne vais pas attendre patiemment que vos ennemis me tranchent la gorge! Sans compter qu'il est hors de question que je mette en danger la vie de ma fille et celle de Kaerion!

   - Vous ne risquerez rien, ici!, promit Kéréïs. Le plan de Hans est plus complexe que vous ne le pensez et votre sécurité sera assurée.

   - C'est trop risqué, je suis désolée!

   - Adriana, je dois vous parler!, intervint Kaerion en l'entrainant dans une partie éloignée de la pièce avant d'ajouter:" Personnellement, je pense que leur plan a été mûrement réfléchi, mais quand bien même nous serions en danger, nous devons rester ici!"

   - Que veux-tu dire par là?

   - Que les Dieux désirent vivement que nous ne bougions pas du Palais. Nous n'avons pas le choix!

   - Tu en es sûr?

   - Sûr et certain!

La reine regagna sa place et ne put qu'assurer Kéréïs de son soutien, puisque les Dieux en avaient décidé ainsi. Le plan de Hans fut alors dévoilé dans son intégralité, révélant, à ceux qui ne le connaissaient pas, le génie et la perversité du Roi d'Olympia. Kéréïs attendit cependant qu'Adriana se fut retirée pour expliquer à ses généraux et à Nériin ce qui se passerait après la "bataille" d'Olympia et leur demanda de l'aider à persuader la reine de Kamra-Hata que les troupes qui devaient attendre à l'extérieur de la ville seraient composées de son armée et de celle de Nériin. En aucun cas, Adriana ne devait se douter de la position réelle des troupes Nomades. La survie d'Olympia en dépendait!

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   Les civils étaient prêts à partir dès que Kéréïs en donnerait l'ordre et une agitation sans nom régnait dans toutes les maisons; l'armée de Nériin était en position; celle d'Olympia également. Sonia participait à la "mise en place" des soldats et de la garde du Palais tandis que les princesses d'Eskéron s'occupaient des préparatifs pour la diversion: les volontaires ne manquaient pas pour tenir ce rôle décisif! Elles en choisirent quatre, leur expliquèrent la marche à suivre et répétèrent avec eux la scène imaginée par Hans. Les soldats qui joueraient, eux, pour un temps seulement, le rôle des habitants, faisaient des repérages, dissimulaient des armes de façon à ce qu'ils puissent, le moment venu, s'en saisir rapidement, et dressaient des barricades dans les ruelles, derrière les maisons, afin de contenir l'ennemi, de l'obliger à rester sur l'avenue principale où il serait une proie facile. Tout était prêt, ou peu s'en fallait. Il ne manquait que l'ennemi. Et celui-ci ne fut pas long à venir, ne rencontrant aucune résistance en chemin. Le plan de Hans pouvait commencer.

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   Aarkis et ses troupes avaient quitté Zalis depuis de nombreux jours et étaient arrivés près d'Olympia sans rencontrer un seul soldat ennemi. Les princes d'Eskéron et les généraux zalides redoutaient une embuscade avant la ville des Dieux, mais rien ne vint troubler leur marche. Aarkis, quant à lui, se réjouissait de cet état de chose car, pensait-il, si l'armée de Hans s'était repliée à Olympia, il profiterait de l'occasion pour détruire la ville. Quelques flèches enflammées bien tirées...

   Il fit établir un camp à quelques heures de marche à l'ouest d'Olympia afin d'envoyer des hommes en reconnaissance. A sa grande surprise, ses éclaireurs lui rapportèrent que la ville était paisible et que les portes en étaient ouvertes. Hormis quelques gardes qui faisaient leur ronde, il n'y avait pas l'ombre d'un soldat. De toute évidence, il y avait un piège. Mais où? De quelle manière Hans pensait-il s'y prendre? Les princes d'Eskéron déconseillèrent à Aarkis d'entrer dans la ville et il reconnut que c'était, en effet, très risqué. La réponse à leurs questions se présenta sous la forme d'un héraut qui demanda à parler à Aarkis. On le fouilla minutieusement avant de le laisser entrer sous la tente du prince. L'homme s'agenouilla et présenta les respects de la Reine Kéréïs. Aarkis resta sur sa réserve.

   - Que me veut-elle?, demanda-t-il.

   - Sa Majesté désire que vous sachiez que Sa Majesté le Roi, Hans, a rejoint les bords du Styx hier, aux premières heures de la nuit...

   - Sa santé ne s'était donc pas améliorée après son petit... accident?

   - Si, Seigneur! Il avait même repris certaines activités, lorsqu'hier dans la journée, il a eu un autre accident, comme vous l'appelez. Les personnes qui ont pris part à cet...accident, ont été exécutées ce matin, à l'aube.

   - En quoi tout cela me concerne-t-il?, demanda Aarkis sur un ton des plus détachés.

   - Je suis ici pour vous transmettre un message qui me met au supplice, mais c'est mon devoir d'obéir à ma Reine... Sa Majesté vous fait savoir qu'elle quitte dès aujourd'hui la ville, en compagnie du Conseiller et qu'elle compte également s'éloigner du royaume. Son Altesse le prince Cosmo ne désirant pas monter sur le Trône, celui-ci est désormais vacant. Sa Majesté m'a également demandé de vous remettre ceci comme preuve de sa bonne foi.

Le héraut, en parlant, avait tendu à Aarkis une cassette. Le prince l'ouvrit sans plus tarder et découvrit, à l'intérieur, une lettre manuscrite officialisant l'abdication sans condition de Kéréïs et la médaille dont elle n'avait jamais accepté de se séparer: la médaille de Hans. Aarkis commençait à y croire lorsque l'un des princes d'Eskéron le mit en garde et proposa de questionner sérieusement le messager. Mais Aarkis s'y opposa.

   - Tu dois comprendre, dit-il au héraut, qu'il est difficile de ne pas croire à une ruse!

   - Je redoutais ce moment!, avoua l'homme. Mais puisqu'il en est ainsi! Sa Majesté se propose de venir, en personne, vous remettre la couronne jadis portée par son père.

   - Quoi? Elle viendrait elle-même?

Aarkis se tourna vers ses alliés et les interrogea du regard.

   - Qu'elle vienne donc!, dit un prince.

   - Oui! Qu'elle vienne!, renchérit un autre.

Aarkis se retourna vers le messager.

   - Qu'elle vienne...seule! Si elle a dit la vérité, elle n'a rien à craindre de moi! Va!

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