Une incroyable effervescence régnait autour de la Salle des Banquets. Les personnages les plus importants d'Olympia et de Kamra-Hata devaient se réunir pour régler les détails de la cérémonie des Armes Sacrées. La nouvelle était arrivée la veille, par un messager spécial: les guerriers d'Eskéron qui s'étaient repliés et pensaient rejoindre leur royaume avaient été exterminés par les troupes d'Adriana, plus d'une semaine auparavant. Le messager avait fait diligence, mais la frontière avec le Territoire Interdit était loin d'Olympia. Cependant, l'homme ne put rien apprendre à Kéréïs sur les intentions de l'armée de Kamra-Hata, ni sur sa destination. Pour cela, il faudrait encore patienter plusieurs jours. En attendant, Kaerion avait réussi à établir avec certitude la date de la cérémonie. Elle aurait lieu à l'aube, exactement trois semaines plus tard.

   Tous les participants étaient là. Sauf l'un des principaux protagonistes: Hans. On l'avait cherché partout, on lui avait laissé des messages dans ses appartements, sans résultat. Le Roi semblait bel et bien s'être volatilisé et certains commençaient à craindre qu'il ne lui soit arrivé malheur. La réunion devait avoir lieu, avec ou sans lui, et malgré le rôle capital qu'il devait tenir durant la cérémonie. Le tour de table fut de courte durée. Kéréïs donna à son frère une occasion de se racheter en assistant Réhno qui s'occuperait de la sécurité avant et pendant la cérémonie. Les représentants des trois familles d'Olympia, ceux de Kamra-Hata mais aussi ceux d'Eskéron, participeraient activement à la préparation des fêtes données pour l'occasion. Kéréïs avait, en effet, décidé que les Dieux seuls choisiraient de châtier ou de pardonner ceux qui les avaient trahis et qu'en attendant, ceux-ci devaient se rendre utiles. Adriana, de son côté, semblait nerveuse depuis l'annonce de la victoire de son armée. Les troupes d'Olympia avaient toutes repris position autour de la ville et cela n'arrangeait certainement pas ses plans. Les civils Olympiens et Nomades étaient tous revenus dans la cité-même ou dans les hameaux, qui, heureusement, n'avaient pas trop souffert de la présence de l'armée d'Aarkis; tous avaient été rapatriés dès la fin des combats et ils fêtaient dignement la victoire depuis leur retour. Kéréïs fit envoyer des messagers dans tout le royaume pour annoncer la date de la cérémonie: elle était sûre qu'elle aurait lieu et certaine que Hans se cachait parce-qu'elle l'avait humilié. Il reviendrait à temps pour l'aider à remettre les Armes Sacrées dans les temples.

   Les jours passèrent. Les préparatifs avançaient, les pèlerins affluaient et Hans était toujours introuvable. Tout le monde était affairé et personne, à part Kaerion et Réhno, ne semblait s'en inquiéter. Le Conseiller avait, en outre, d'autres problèmes. Depuis quelques temps, et malgré une surveillance accrue dans tous les quartiers, de nombreuse agressions s'étaient produites, ainsi que cinq meurtres. Plusieurs suspects avaient été interpelés puis relâchés. L'inquiétude montait et les doutes de Réhno semblaient se confirmer. Quelqu'un désirait saboter la cérémonie, et cette personne ne pouvait être que le Roi. Kéréïs refusait de croire une telle chose. Elle pensait plutôt que c'était l'oeuvre d'Adriana. La reine de Kamra-Hata craignait en effet de perdre son royaume au profit de Kéréïs, qui ne cachait nullement son intention d'unifier une fois pour toutes, et sous son égide, les trois royaumes qui avaient pris part à cette guerre. De ce fait, croyait-elle, une fois qu'Adriana serait avertie que son armée avait été neutralisée, les agressions et les meurtres, n'ayant plus lieu d'être, cesseraient. Ce en quoi Kéréïs se trompait lourdement. Adriana apprit en même temps son échec, la trahison de Sonia et les soupçons que l'on nourrissait à son égard. Elle fut consignée dans ses appartements. Les forfaits continuèrent. Il restait alors moins de deux semaines avant la cérémonie. Le nombre des meurtres, lui, grandissait de jour en jour.

                    XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

   Il ne restait maintenant plus que trois jours avant la cérémonie. Kéréïs avait à nouveau réuni roi, reine et princes dans la Salle des Banquets. Tous semblaient très mal à l'aise. Kéréïs voulait seulement leur avis quant à ce qu'il convenait de faire pour la cérémonie. Sans Hans, celle-ci pourrait-elle avoir lieu? Fallait-il tout annuler? Kaerion lui conseilla vivement de ne rien précipiter et de garder espoir, mais, dans l'ensemble, personne ne pensait que le Roi reviendrait au Palais. Puis Kéréïs les pria de la laisser seule avec Réhno.

   - Comment peut-il me faire ça?, s'écria-t-elle dès que les autres furent partis. Tu ne m'aides pas beaucoup, toi! Que font tes gardes, en ville? Les boutiques? Chaque matin on trouve un nouveau cadavre dans la rue!

   - Je vais te répéter ces quelques mots que l'on entendait souvent ici, à une certaine époque: "Encore ces maudits pillards!". Je ne peux rien faire pour arrêter ces "pillards"! Nériin t'avait prévenue, tu n'en as tenu aucun compte! Mais ne te venge pas sur moi des erreurs que tu as commises ou il se pourrait bien que, moi aussi, je disparaisse!

La-dessus, il tourna les talons et quitta la pièce. Kéréïs se laissa tomber sur une chaise, effondrée. Hans l'avait abandonnée et maintenant Réhno menaçait d'en faire autant. Elle sanglotait tout en marmonnant, la tête enfouie dans ses mains, lorsqu'elle entendit appeler son nom. Elle leva les yeux et reconnut le vieil homme en guenilles qu'elle avait déjà rencontré à Olympia.

    - Comment êtes-vous entré ici?, lui cria-t-elle.

Le vieillard la fixait d'un air triste.

   - Que voulez-vous?, reprit-elle sur le même ton.

   - Moi, je ne veux rien... mais toi, que veux-tu?

   - Qu'est-ce que ça peut vous faire, ce que je veux?

   - Si tu le prends ainsi... Tant pis pour les Armes Sacrées!

Le vieillard fit mine de s'en aller.

   - Attendez! Non! Attendez!, supplia-t-elle. L'homme fit demi-tour. Est-il vrai que c'est à cause de moi que le Roi est parti?

   - Oui. Tu l'as blessé! Tu as foulé au pied sa fierté!

   - Mais je n'ai jamais voulu ça! C'est lui qui a insisté pour que je monte sur le trône! J'ai voulu faire de mon mieux pour qu'il soit fier de moi!

   - Tu as pris goût au pouvoir et tu l'en as écarté. Involontairement, je te l'accorde, mais le résultat est le même! C'est son royaume à lui aussi, tu n'aurais pas dû l'oublier!

   - Que puis-je faire, maintenant?

   - Le retrouver et lui rendre son Trône...

   - Comment le trouverais-je? Cette ville est tellement grande!

   - Réfléchis! Où serait-il allé se cacher s'il avait décidé que toi seule pourrait l'y trouver?

Kéréïs réfléchit quelques instants.

   - Le vieux temple!, s'écria-t-elle. C'est ça? Alors, toutes ces agressions, ce n'était pas lui!

L'homme haussa les épaules et sourit tristement.

   - Hélas..., soupira-t-il.

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.